Si seulement elles étaient allées à l’école

Vendredi 9 mars 2012, j’ai assisté à une discussion sur la femme et le développement avec Linda Morales, Conseiller Senior du projet MAHEFA (MAlagasy HEniky ny FAhasalamana – « Familles Malgaches en bonne santé »). MAHEFA est un programme  intégré de santé à base communautaire financé par l’USAID/Madagascar.

En tant que femme, j’ai été quelque peu étonnée, choquée, triste (je n’arrive pas à trouver le bon mot) lorsque j’ai entendu les chiffres avancés par Linda Morales dans sa présentation. En voici quelques exemples: 70% des personnes vivant dans la pauvreté absolue dans le monde sont des femmes; les femmes effectuent les deux-tiers des heures de travail de par le monde et ne perçoivent que 10% des revenus; seules moins de 1% des femmes possèdent des biens immobiliers (et j’en fais partie). Source: Women’s Empowerment (en anglais).

En lisant le document du lien ci-dessus, j’ai aussi appris que les femmes représentent les deux tiers des 876 millions d’adultes que l’on estime analphabètes. A ce propos, je suis un peu optimiste quant au changement en lisant le billet de Suy, un ami mondoblogueur, il n’y a pas de honte à apprendre et les femmes (de Côte d’Ivoire)  le savent. Encore faut-il que ce courage et cette soif d’apprendre s’appliquent également dans tous les autres pays. Parce qu’une année de scolarisation supplémentaire, selon UNESCO, peut changer bien des choses dans la vie d’une femme. Cela peut augmenter ses revenus de 10%, permet de réduire le taux de mortalité infantile; permet d’améliorer la santé maternelle, permet de lutter contre le VIH/SIDA et autres maladies mortelles. Source: L’Education compte.

Photo: US Embassy Antananarivo

Cette discussion sur la femme et le développement a été organisée par le Centre de Presse Malagasy pour célébrer en quelque sorte la journée de la femme (avec une journée de retard vu que le 8 mars était chômé). Quelques femmes journalistes malgaches ont été invitées à y participer. Et moi, la petite blogueuse et en représentant une page en Anglais publiée dans un journal quotidien local, étais aussi de la partie. Au milieu de la discussion, Linda Morales nous a demandé de sortir dans le jardin pour faire un petit jeu de rôles. On nous a donné à chacune un rôle à jouer: femme illettrée travaillant dans l’agriculture, femme ayant complétée les études primaires, femme ayant fait des études secondaires, femme journaliste,… Moi, je jouais le rôle d’une parlementaire. On nous a ensuite mis sur une même ligne de départ. Linda Morales énonçait quelques droits basiques de la vie quotidienne d’une femme et à chaque fois que le personnage que nous représentions pouvait le faire, on devait avancer d’un pas. On nous a, par exemple, demandé si on pouvait lire le journal. Évidemment, la femme illettrée ne peut pas le faire. Est-ce qu’on peut acheter les nourritures dont on avait besoin? Est-ce qu’on peut payer les études de nos enfants?… Au final, la parlementaire a franchi la ligne d’arrivée. Un peu derrière, il y avait la journaliste, la femme qui était au collège. Assez loin derrière, la femme illettrée. Et là, on a toutes compris que l’étude peut aider dans l’autonomisation de la femme. Moi, personnellement, mon sentiment était qu’en tant que parlementaire, je pouvais me permettre certaines bonnes choses dans ma vie et qu’une majorité du peuple était pourtant et malheureusement laissée derrière. Et presque toutes les autres filles ont dit: « si seulement, ces responsables pouvaient entendre cela et apporter les solutions appropriées. »

Les études sont donc importantes. Or, un exemple très concret qui démontre que les décideurs ne s’en préoccupent pas trop: le problème du lycée Jules Ferry. Un blogueur malgache raconte dans un billet (en malgache) que ce lycée, où sa fille étudie, n’a pas de prof d’anglais depuis le début de l’année scolaire. On est actuellement à la moitié de l’année scolaire et aucune mesure n’a été prise. A lire le billet de notre ami blogueur, on le reproche même d’insister sur son droit.

J’ai eu une petite mésaventure jeudi 8 mars, journée de la femme. Ma sœur et moi sommes allées au marché du jeudi à Mahamasina. C’est un très grand marché tous les jeudis à cet endroit. Il est célèbre pour les friperies, le koba (une sorte de beignet de bananes et d’arachides), les « vita gasy » (produits made in Madagascar) aussi, les légumes et les volailles, enfin plein d’autres trucs qui se vendent. Alors, voilà, ma sœur et moi étions à un stand vendant des fringues pour bébés.  Il y avait plein de femmes et il fallait essayer de trouver sa place, un peu comme le jour de soldes dans les pays occidentaux si je puis dire. Dans cette « bataille », j’ai réussi à m’incruster. Comme tout le monde, je regarde s’il y a des articles intéressants pour mon fils. Voilà, qu’une femme se colle à moi et en fouillant les articles, elle touche mon sac. Je bouge un peu, sans prendre la peine de regarder la dame, mais elle touche encore mon sac. Je me méfie mais elle réussit toujours à toucher mon sac. Un petit coup d’œil à mon sac, il n’est pas ouvert. Bon, c’est cool, me suis-je dit. C’est jour de marché. Tout le monde essaie de trouver sa place.

Mon sac déchiré

La dame a fini par partir. Comme il n’y avait rien qui aille avec mon bébé, ma sœur et moi sommes parties à quelques secondes près plus tard. En arrangeant mon sac sur mon épaule, je touche le fond. Et je cris: « Purée, elle a eu mon sac! Le fond a été déchiré à l’aide d’une lame. Une chance, la voleuse n’a rien eu. J’étais super énervée mais je ne savais même pas contre qui. La femme était déjà partie et d’ailleurs je ne l’aurai même pas reconnue.

J’avais eu un peu peur pendant toute cette journée. La technique qui consiste à déchirer le sac, j’en ai entendu parler maintes et maintes fois mais c’est la première fois que ça m’arrive. Je pouvais quand même blaguer encore un peu en disant: « elle ne chôme pas, elle, la journée de la femme ». Mais j’étais surtout très en colère. Le sac était un cadeau de mon oncle. Pourtant, ce soir en écrivant ce billet, je suis plutôt triste pour cette femme. Je suppose qu’elle a du mal à joindre les deux bouts et que peut-être, pour elle, piller les gens est la seule solution.

Pas plus tard qu’hier, les agents de la commune urbaine d’Antananarivo sont venus ramasser de force les marchandises étalées sur les trottoirs de Behoririka, vendre dans la rue étant illégale. Mon mari, en passant, a vu une femme se débattre ne voulant pas lâcher ses marchandises. Il paraît qu’elle s’est même blessée dans la lutte. Quelques personnes tentaient de la calmer. Mais elle disait: « Ces pauvres petites marchandises que vous voulez que j’abandonne représentent le diner de mes enfants ce soir ». Je sais  que cette dame est en infraction de la loi, mais n’est-ce pas triste de savoir que ses gosses n’allaient peut-être pas manger?

Si l’on croit les études de l’UNESCO dont on a parlé ultérieurement, il est fort probable que la pickpocket et la vendeuse ambulante n’aient pas fait de longues études. Combien d’autres femmes vivent dans la même galère tous les jours? Et là, je me dis si seulement elles étaient à l’école! Si seulement ces foutus politiciens, au lieu de se battre pour le pouvoir, se battaient pour une bonne éducation de son peuple!

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7 réflexions sur “Si seulement elles étaient allées à l’école

  1. Drôle de mésaventure 🙂 Heureusement qu’elle n’a rien pu emporter!
    Avec tous les chiffres que tu avances, on voit à quel point une révisions de la politique de l’éducation des femmes peut engendrer un changement global. Et cela surtout dans les pays en voie de développement comme Madagascar!
    Souhaitons qu’un jour toutes les femmes soient au même point d’arrivée comme tu l’as dit dans ce jeu de rôle 😉

  2. Ce chiffre de 1% de femmes possédant des biens immobiliers est ahurissant… même si dans beaucoup de pays, la majorité des habitants vit en location, je trouve cette réalité est trop peu connue du grand public.

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