Agriculture au Kenya : Lutte biologique contre les insectes nuisibles

Selon les chercheurs, les rendements de maïs ont baissé ces dernières années. Et l’Afrique continue de perdre 1 à 2 milliards de dollars par an. Comment y remédier ? Le projet CHIESA a effectué des recherches pour tenter d’apporter des solutions à ce problème et conseille une lutte biologique contre les insectes nuisibles qui ravagent les plants de maïs.

Champ de maïs de Mr et Mme Mwasi, agriculteurs travaillant avec ICIPE/CHIESA

Champ de maïs de Mr et Mme Mwasi, agriculteurs travaillant avec IRD/CHIESA

Le projet CHIESA

CHIESA signifie « Impacts des changements climatiques sur les services écosystémiques et la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est ». Le projet s’intéresse en effet à l’agriculture, l’hydrologie, l’écologie et la géomatique. Ses activités se concentrent sur trois zones géographiques: le mont Kilimandjaro en Tanzanie, la chaîne montagneuse de Jimma en Éthiopie et celle de Taita au Kenya. Lors de mon séjour au Kenya pour une formation avec CFI, notre équipe a eu l’occasion de se rendre à Taita.

Dr Paul-André Calatayud, chercheur scientifique français à l’IRD – Institut de Recherche pour le Développement travaillant pour le projet CHIESA, a expliqué qu’ils ont collaboré avec quelques agriculteurs locaux pour mener leurs recherches. Ces recherches portent sur la composition du sol à différentes altitudes sur la chaine montagneuse de Taita ainsi que les insectes qui attaquent les graminées telles que le maïs.

Apparemment, la concentration en silice, élément constitutif des sols, diminue à mesure qu’on prend de l’altitude. La silice est nécessaire pour un meilleur développement du maïs et pour gêner l’alimentation des insectes phytophages ravageurs. Dr Paul-André Calatayud a aussi parlé de méthode traditionnelle de culture qui devrait être abandonnée. Les agriculteurs, par exemple, ont l’habitude d’enlever tous les résidus des récoltes précédentes pour semer les nouvelles plantes. En faisant cela, les agriculteurs diminuent la teneur en silice des sols. Il faut l’avouer, les agriculteurs malgaches adoptent également cette méthode ancestrale.

CHIESA, un modèle pour tous

CHIESA tente de corriger la fertilité des sols des agriculteurs partenaires à Taita en y ajoutant des engrais. « Nous corrigeons la fertilité des sols de certaines parcelles afin de faire prendre conscience aux agriculteurs de l’importance de telles corrections dont le but est de faire croitre le maïs mieux et plus vite », dit Dr Paul-André Calatayud.

Le pari semble gagné. D’autres agriculteurs sont venus à la rencontre des membres du CHIESA lors de notre passage à Taita. « Les plantes d’ici sont plus vertes que les nôtres. Ils utilisent des fertilisants, ce qui leur donne des rendements plus élevés. Aussi, ça nous intéresserait de participer au programme de CHIESA et d’avoir d’aussi bons résultats », avoue Dickson Hamisi, agriculteur.

Stem borer

Joel Mwamburi nous montrant les foreurs de tiges

Lors de notre passage à Dembwa, village à Taita, Joel Mwamburi, agriculteur, nous a gentiment montré les foreurs de tiges qui attaquent ses champs de maïs. « Suivant les conseils du programme TV Shamba Shape Up, je plante du Napier (herbe à éléphant) autour de mes champs pour limiter l’invasion des insectes nuisibles », nous confie Joel Mwamburi. Force est de constater que cette solution n’est pas très efficace.

Lutte biologique

CHIESA a une autre solution pour lutter contre les foreurs de tiges : les parasitoïdes. Ce sont des insectes qui parasitent d’autres insectes. Ils se développent à l’intérieur d’un autre organisme dit « hôte » et tuent inévitablement ce dernier au détriment de leur développement. CHIESA étudie les populations et espèces de parasitoïdes pour identifier celui qui sera le plus efficace. C’est un moyen de lutte plus respectueux de l’environnement.

« Les produire massivement puis les relâcher non pas pour tuer tous les insectes nuisibles mais réduire la population à un niveau qui n’est pas économiquement dangereux pour la production. C’est le but d’une solution biologique », explique Dr Paul-André Calatayud.

L’impact des changements climatiques

Malheureusement, les changements climatiques posent problème. « Avant il pleuvait plus et il y avait moins d’insectes nuisibles. Maintenant, il pleut moins et il y a plus d’insectes nuisibles », remarque Margaret Mwasi, agricultrice. En effet, les scientifiques expliquent que la pluie et la température jouent un rôle très important dans le développement de ces foreurs de tiges. L’augmentation des températures est néfaste au développement, à la survie et à la reproduction des parasitoïdes qui contrôlent naturellement les foreurs de tige, permettant ainsi ces derniers à « pulluler ».

Les humains ont également leur part de responsabilité dans la modification de l’habitat naturel des insectes. En utilisant plus de terrain pour leurs plantations et pour leurs habitations, les espaces sauvages sont réduites. Les scientifiques suggèrent aux locaux de garder une zone sauvage pour les insectes et les parasitoïdes.

Mr et Mme Mwasi travaillant leur champ de maïs

Mr et Mme Mwasi travaillant leur champ de maïs

Néanmoins, les résultats des recherches de CHIESA sont prometteurs. «Avant, nous récoltions 10 sacs de maïs, mais maintenant, après que nous ayons utilisé des engrais, nous obtenons environ 20 sacs », déclare Alfred Mwasi, agriculteur qui travaille avec l’ICIPE et l’IRD dans le projet CHIESA. Le problème : « Peu d’agriculteurs se sacrifient en achetant des engrais, celui-ci étant trop cher pour eux ».

Et Madagascar ?

J’ose espérer que de telles recherches puissent être menées à Madagascar. Je suis personnellement fascinée par la lutte biologique et en même temps écologique. En effet, les pesticides sont nocifs aussi bien pour l’environnement que pour l’homme. Les parasitoïdes sont donc une solution idéale pour le bien des agriculteurs, des consommateurs et surtout de la planète.

 

 

 

 

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