En immersion avec les vaccinateurs anti-rougeole pour les enfants de Mahajanga II

C’est effrayant d’apprendre le nombre de personnes atteintes de rougeole à Madagascar. Selon le ministère de la santé publique, de septembre 2018 à mars 2019, 121 521 cas ont été enregistrés dont 1220 décès. Pour lutter contre l’épidémie, l’Etat malgache, grâce à l’appui des partenaires tels que l’Unicef et l’UE/ECHO, organise des campagnes de vaccination gratuite des enfants âgés de 6 mois à 9 ans révolus. Du 1er au 5 avril 2019, 67 districts ont bénéficié de vaccins anti-rougeole. J’ai eu l’opportunité de suivre les mobilisateurs et vaccinateurs du district de Mahajanga II les 3 et 4 avril 2019.

Pendant les 2 jours d’immersion avec les mobilisateurs et vaccinateurs, nous nous sommes rendus dans les zones rurales de Mahajanga II à savoir les communes de Baonamary et Belobaka. J’ai vu des parents enthousiastes à l’idée faire vacciner leurs enfants. Et ça fait chaud au cœur.

A Bealoy, commune de Belobaka, une maman avec son fils nous a rencontré sur le chemin du retour et a été très déçue en croyant que la séance de vaccination était terminée. Elle a été très soulagée lorsqu’on lui a dit que l’équipe vaccinatrice les attendait encore.

« J’ai décidé d’emmener Dany Juliana (8 ans) se faire vacciner pour la protéger de la rougeole après que les mobilisateurs m’aient convaincu », dit sa tutrice.

Le CSB2 (centre de santé de base) Baonamary et le CSB1 d’Antsanitia ont chacun enregistré un taux de participation de 28% pendant les deux premiers jours de campagne. En trois jours, 60% des enfants cibles ont reçu leur dose de vaccination dans les 7 des 9 fokontany de la commune Belobaka.

« Le taux d’enfants vaccinés contre la rougeole atteint les 95% dans notre village », annonce fièrement Ijorondraza Paul, président du Fokontany Ambatomalama.

Les villageois d’Ambatomalama – Photo: Lalah Ariniaina

Certains parents refusent le vaccin

Sur le chemin vers Baonamary, je me suis demandée si les rumeurs véhiculées par les réseaux sociaux ont atteint cette zone reculée. Apparemment non.

Je découvre que trois raisons peuvent pousser certains parents à ne pas faire vacciner leurs enfants. Ils consultent des guérisseurs traditionnels (ils appellent cela « mitrambina« ) et les médicaments « modernes », surtout les injections, leur sont interdits. Leur religion ne leur permet pas le vaccin. Sinon, ils redoutent une poussée de fièvre après la vaccination.

Maman de Saïda – Photo: Lalah Ariniaina

« A chaque fois que j’emmène ma fille se faire vacciner au CBS2, elle a beaucoup de fièvre et je ne veux plus lui infliger cela », explique la maman de Saïda (2 ans).

Ijorondraza Paul, président du Fokontany Ambatomalama, assure qu’ils sont peu nombreux.

Les mobilisateurs, des super-héros sans cape

Les mobilisateurs ont un rôle très important : convaincre les parents de venir faire vacciner leurs enfants. Ça a l’air simple dit comme ça et pourtant, ce n’est pas toujours évident.

Rasoanajaina (à gauche) – Photo: Lalah Ariniaina

Rasoanajaina, mobilisatrice à Antsanitia depuis 7 ans, raconte :

« Avant c’était très difficile de convaincre les parents. Les cas de décès dû à la rougeole ont motivé les parents à protéger leurs enfants cette fois-ci. »

Mamololona encourageant les parents à faire vacciner leurs enfants – Photo: Lalah Ariniaina

L’histoire de Rabesamy Mamololona m’a beaucoup touchée. Elle se porte volontaire pour être mobilisatrice depuis maintenant 20 ans. On voit que ce rôle lui tient vraiment à cœur. Elle m’a dit qu’elle aime la compétition. Elle veut que les enfants de sa commune ne soient pas en reste par rapport aux autres que ce soit au niveau de l’éducation ou de la santé.

Le 4 avril, notre équipe suit Mamololona et les vaccinateurs à pied. Et non, je ne vais pas me plaindre des 4 km que nous avons enduré sous la chaleur écrasante de Mahajanga. Figurez-vous que Mamololona fait environ 40 km à pied pour couvrir tous les villages de sa commune. Et cela avec le même entrain et toujours avec sourire. Bravo. Chapeau bas.

En me reposant à l’ombre d’un manguier, une petite fille, du nom de Vahatra, vient spontanément vers moi pour me dire :

« Tatie, le vaccin ne fait pas mal. »

Et je savais à ce moment là que je pouvais rentrer contente de cette enrichissante expérience. Oui, tous ces enfants qu’on a rencontré pendant ces deux jours sont dorénavant hors de danger.

Le district de Mahajanga II a un fort taux d’attaque de l’épidémie. Je n’ai pas encore les chiffres des enfants vaccinés mais je suis certaine que cette campagne de vaccination aura un impact positif par rapport à cela.

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