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Circoncision à la Malagasy dans les Haut-Plateaux
Posté par ariniaina dans Culture/Tradition le 13 février 2011
Je sais, on est en plein été à Madagascar. Ce n’est pas la période de circoncision qui se fait normalement en plein hiver soit en juillet et août. Mais, aujourd’hui, je suis tombée sur ce tableau dans la salle de réception de mes beaux parents. Alors je ne peux m’empêcher de vous partager cette culture Malgache qu’est la circoncision. C’est une pratique obligatoire pour tous les jeunes garçons. Moi, en étant une femme, je n’ai pas le droit d’assister à une circoncision. On nous a appris comment ça se passait mais je n’ai jamais vu de mes propres yeux. Je ne rêve pas d’y assister non plus, à vrai dire. N’empêche que le tableau a attiré mon attention. Tiens, je vous partage la photo.
Je vais vous aider à lire la photo. Tout d’abord, vous l’avez sûrement remarqué, la circoncision ne se fait pas dans un centre médical. Traditionnellement, ça se pratique dans la maison de l’enfant à circoncir. Bon, depuis quelques années, de nouvelles pratiques « modernes » sont arrivées chez nous comme la « circoncision à l’américaine » par exemple ou la capsule. C’est moins douloureux à ce qu’il paraît. Mais revenons à la circoncision à la Malagasy.
La circoncision se fait au crépuscule d’où le feu et les bougies. Tous les hommes, le grand-père, le papa, les oncles sont là pour préparer tout ce qui est nécessaire au rituel (cannes-à-sucre, eau sacrée « rano mahery », banane), assister l’enfant en le tenant bien fort. Un dernier homme est aussi présent; le guérisseur traditionnel ou le « rain-jaza » qui va couper avec sa lame le prépuce. Ce prépuce est avalé par le grand-père avec de la banane. Les cannes-à-sucre sont pour souhaiter au jeune garçon et à la famille d’avoir beaucoup de descendances mâles. L’eau sacrée qui a été recueillie au pied d’une montagne par un homme fort qui ne doit pas être orphelin (de père et de mère) servira au « rain-jaza » pour nettoyer ses mains, la plaie et le couteau. L’enfant circoncis sera emmené devant le reste de la famille qui attend avec des chants, des danses et des cadeaux.
Si la circoncision est d’origine chrétienne pour certains pays, ou pour éviter les maladies de pénis dans les régions chaudes, à Madagascar, c’est surtout pour que le garçon devienne un « vrai homme ». J’ai même entendu dire qu’un homme non circoncis ne sera voulu d’aucune femme et ne pourra pas être enterré dans le tombeau familial.
Il y a différents rituels de circoncision dans les autres régions de Madagascar mais j’en parlerai peut-être une autre fois.
Tradition: Le sort des jumeaux à Mananjary
Posté par ariniaina dans Culture/Tradition, Société le 8 décembre 2010
Je viens de lire l’article d’une amie Mondoblogueuse « Sylvie et Sylvain ne sont pas des mendiants » qui parle de la tradition dans son pays concernant les jumeaux. L’article m’a fait me rappeler qu’à Mananjary, une région du Sud-Est de Madagascar, les jumeaux sont réputés être maudits.
La dernière fois que je suis allée dans la région remonte à 2004. J’y étais pour accompagner une missionnaire chrétienne. Mon amie et moi rendaient tous les jours visite à diverses associations de la ville. Je ne me doutais pas que j’allais entendre une histoire qui me bouleverserait.
Je ne me rappelle plus très bien de quelle association il s’agissait mais on y a rencontré une dame soucieuse avec deux bébés dans ses bras. Elle venait d’accoucher de jumeaux et s’est enfuie de chez elle pour prendre refuge dans cette association chrétienne. La raison en est simple: les villageois allaient tuer ses bébés.
A Mananjary, depuis toujours, les jumeaux ne sont pas acceptés par la société. La croyance dit qu’un des jumeaux est une « bête » (ou un « démon ») qui apporterait des malédictions dans tout le village. La tradition veut alors qu’on tue la « bête ». Mais comment savoir lequel? Les parents des jumeaux vont consulter un « mpanandro » (sorcier) qui dira qui est à garder et qui ne l’est pas. Certains parents décident de tuer les deux bébés sans consulter de « mpanandro« . J’ai lu dans certains articles que les bébés sont laissés sous les sabots des zébus et que s’ils se font piétiner et meurent, ce sont bien des « démons » mais que s’ils s’en sortent, la malédiction est rompue. Mais j’ai bien peur que cela ne soit confondu avec une autre pratique sur les « teraka alakaosy » (nés sous le signe de alakaosy), des gens qui sont dotés d’une chance extraordinaire. La dame nous a raconté une toute autre histoire. Elle nous a dit que les bébés sont placés dans des pirogues et qu’on les laissent être emportés par les vagues de la mer – qui sont très fortes dans cette zone.
Dès que la nouvelle de la naissance des jumeaux s’est répandue, la famille, les amis, même le mari et le village en entier ont cherché à les enlever de la dame et à pratiquer la tradition. Mais elle ne voulait pas se séparer de ces enfants, ces petits êtres qui ont grandi dans son ventre pendant neuf mois. Sans préparer de bagages, elle s’est enfuie avec ses jumeaux. Elle a entendu parler de l’association et n’a pas hésité à sonner à leur porte. En tout cas, quand on l’a rencontrée, on a vu qu’on s’est bien occupé d’elle mais la tristesse et la crainte se lisaient encore sur son visage.
J’ai eu du mal à m’endormir la nuit d’après. Je voulais absolument quitter ce village qui vivait encore dans l’ancien temps, dans les croyances ancestrales. Et pourtant, les gens m’avaient bien l’air sympathiques en nous disant « akory » (bonjour de Mananjary) sans même nous connaître ou quand tout le monde voulait nous offrir du café – une marque d’hospitalité chez eux (je ne bois pas de café mais par politesse, j’ai accepté).
Dans le temps du Président Marc Ravalomanana, un projet de loi a été fait et a suscité la colère des « défendeurs de la tradition de Mananjary ». Ce projet de loi a été réitéré par Mialy Rajoelina, l’épouse de l’actuel président de la Haute Transition. Mais où en est-il exactement de ce projet de législation qui vise à renforcer la protection des jumeaux de Mananjary et ainsi mettre fin à ces pratiques ancestrales néfastes?
Une autre version sur l’origine de cette pratique est racontée par Zanatany dans « Les jumeaux de Mananjary« . C’est intéressant à lire.
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