Articles contenant le tag tradition

Le Nouvel An Malgache

Mais quel nouvel an Malgache? Quand ça? Je n’ai jamais entendu parler de ça… Moi non plus… Moi si, mais je crois que c’est quelque chose qu’ils ont inventé tout récemment… A quoi bon?… Pourquoi pas… L’annonce dans les médias de la célébration prochaine du nouvel an malgache a créé une polémique.

Pour essayer de répondre à certaines questions, j’ai pris contact avec le compte Facebook « Taombaovao Malagasy » (vous l’avez deviné – Nouvel An Malgache). Notre échange s’est fait entièrement en malgache. Et les réponses sont assez longues. Alors, j’ai décidé de le partager dans sa version originale: Taombaovao Malagasy (en pdf). Sinon, les grandes lignes seront relevées en français dans ce billet. J’essaierai de traduire le document pour plus tard et vous tiendrai informé au bas de ce billet.

1.Qui est derrière le compte de « Taombaovao Malagasy »?

« Le compte Facebook de « Taombaovao Malagasy » regroupe quelques historiens malgaches et des personnes ayant suivi les célébrations du nouvel an malgache depuis 2009.

Nous sommes conscients que la solidarité des Malgaches et la valorisation de l’identité malgache sont parmi les bases requises pour lutter contre la pauvreté et l’accaparement de la richesse nationale par les étrangers. »

2. A quelle date célèbre-t-on le Nouvel an malgache?

« Avant la colonisation de Madagascar, chacune des ethnies malgaches avaient leur propre calendrier. Depuis le règne de Radama II jusqu’à Ranavalona III (1883-1896), les 3/4 du peuple malgache ont commencé à avoir le même calendrier. Toutefois, dans toutes les ethnies, chaque début de mois est défini par l’observation du premier croissant de lune. Tous – notamment les descendants de marins indonésiens, arabes, bantous, portugais, indiens et juifs – observaient le calendrier lunaire et la position des 12 constellations dans le ciel.
La date du premier jour de l’an ainsi que l’histoire qu’a vécu chaque ethnie variaient également suivant les monarques qui se sont succédé.
L’occupant français a supprimé cette célébration en 1896 et l’a changé à la date du 1er janvier. Jusqu’à nos jours, les autorités successives ne se sont pas intéressés à changer cela.

Depuis 2007, nous avons à nouveau célébrer le Nouvel an Malgache. L’Académie Malgache et le Centre Culturel Malgache ont annoncé que le Nouvel an Malgache sera dorénavant célébré au jour de l’observation du premier croissant de lune proche du 21 mars. »

Plusieurs avis divergent quant à l’origine de ce nouvel an. 3. Est-il uniquement celui des Merina (un groupe ethnique – peuple occupant la partie nord des hautes terres centrales de Madagascar) ou de tous les malgaches?

« Le nouvel an malgache n’est pas un nouvel an Merina. Pour preuves:
Premièrement, selon l’histoire, les Ntaolo (ancêtres) n’utilisaient pas le mot « taombaovao » mais « tonontaona« . L’appellation du nouvel an n’a cessé d’évoluer pour le peuple d’Imerina. Du Roi Ralambo (1575-1610) au Roi Andrianampoinimerina (1787-1810), on l’a appelé « Alahamadibe » (jour du roi). Il y avait d’autres festivités telles que l’ « Alakaosibe » et l’ « Adijadibe » qui promouvaient les « pratiques païennes ». Ces célébrations portant des noms de mois sont donc des rituels païens et des cultes des morts. A l’arrivée de la religion chrétienne en 1810, les rois qui se sont convertis au christianisme ne voulaient plus utiliser le nom « Alahamadibe » (jour du roi) mais « Fandroana » (bain sacré) pour désigner le début de l’an. Il n’était plus question de pratiques païennes ou de cultes des morts durant les célébrations. Au temps de la reine Ranavalona III, elle a changé le « Fandroana » (bain sacré) en « Asaramanitra » (grande fête) qui était désormais fêté à la date de son anniversaire – le 22 novembre. Par conséquent, le nouvel an malgache n’a rien à voir avec l’ « Alahamadibe« , le « Fandroana » et l’ « Asaramanitra » d’où le nom « Taombaovao Malagasy » pour marquer sa différence.
Deuxièmement, le Nouvel An Malgache est célébré le jour où l’on observe le début de croissant de lune le plus proche du 21 mars et non pas le 22 novembre comme l’a fait Ranavalona III. Le but n’étant pas de se rattacher à un ou des rois/reines Merina mais de renforcer le « fihavanana » (valeur ancestrale qui constitue le cœur de l’entraide et de la solidarité au sein de la population malgache) parce que le «Taombaovao Malagasy» ne distingue ni ethnie, ni religion, ni origine ni race.
Enfin, il n’ a jamais été question de célébrer le Nouvel an Malgache selon les rituels Merina. L’organisation de l’événement est libre et dépend des organisateurs et des régions. On encourage même l’adoption des couleurs de chaque région, de chaque ethnie pour la célébration du nouvel an dans tout Madagascar. Par ailleurs, chaque groupe religieux peut célébrer selon leurs pratiques. Les artistes et tout secteur d’activités peuvent également célébrer comme ils le souhaitent: par exemple, des danseurs vont faire des représentations au devant de Tahala Rarihasana. Des restaurants organisent des repas festifs. Les élèves de « Kabary » (art du discours) de la Fjkm Ambohidrabiby font également des représentations lors du nouvel an malgache. »
"Afo tsy maty" ou feu éternel

« Afo tsy maty » ou feu éternel – (c) Ariniaina 2010

4. Comment se déroule la célébration?

« La célébration du nouvel an malgache est libre car il n’y a aucune distinction de religion, d’origine ou de race. Cela dépend des organisateurs. Notons aussi que les rituels ont changé tout au long des siècles et chacun avait leur manière de célébrer le nouvel an. Par exemple, avant l’avènement de la religion chrétienne, les festivités comportaient des cultes des morts et des pratiques païennes. Depuis le règne de Radama II (1861-1863) jusqu’à la fin des royaumes malgaches (1896), le « Fandroana » (bain sacré) et l’ « Asaramanitra » (grande fête) étaient célébrés selon les pratiques chrétiennes.
Comme le « Taombaovao Malagasy » ne veut pas qu’on distingue la religion, l’origine ou la race, le Centre Culturel Malgache n’associe aucune pratique religieuse à la célébration du nouvel an malgache. Le Centre Culturel Malgache a donc supprimé tout ce qui concerne les pratiques religieuses notamment les cultes des « sampy » (idoles), les sacrifices d’animaux, les cultes des tombeaux. L’allumage des « afo tsy maty » (feux éternels), le port des « harendrina » (lampions), les « tsodrano » (bénédictions) sont gardés et peuvent changer d’une région à une autre.
Cela n’empêche pas les groupes religieux ou les villages de célébrer le nouvel an comme ils le souhaitent et selon leurs pratiques. Les descendants d’Ambohidrabiby organisent un culte œcuménique à la Fjkm Ambohidrabiby le samedi 29 mars 2014 à partir de 14heures. L’association Mamelomaso, par exemple, suit la tradition merina pour la célébration du nouvel an malgache. Des écoles célèbrent également ce jour au sein de leur établissement respectif. Les descendants des familles royales célèbrent selon leurs propres rituels.
Les "Harendrina" ou lampions - (c) Ariniaina 2010

Les « Harendrina » ou lampions – (c) Ariniaina 2010

5. Comment se fait-il qu’il y ait beaucoup de malgaches qui ignorent l’existence de cet événement?

« Premièrement, les habitants des campagnes ont toujours célébré l’ « Alahamadibe » mais en cachette car la société les prend pour des païens. Le « Fandroana«   a été supprimé depuis l’annexion de Madagascar.
Deuxièmement, la célébration du nouvel an malgache n’a pas été enseigné à l’école.

Et enfin, compte tenu du budget limité, seule Antananarivo est sensibilisée. De nos jours, il y a de plus en plus de Malgaches qui parlent de ce nouvel an parce que les médias en parlent grâce aux efforts déployés par le Centre Culturel Malgaches et leurs partenaires. Aussi, beaucoup actuellement n’hésitent plus à célébrer cet événement à leur propre manière. »

6. Est-il important de faire revivre le nouvel an malgache?

« Oui. Et il y a 3 grandes raisons pour cela.
Premièrement, la célébration du nouvel an malgache diffère de celle du 1er janvier. Les ancêtres malgaches accordaient de l’importance à la purification du cœur, de l’esprit et de l’environnement pour le retour aux valeurs, pour se réconcilier, pour renforcer le « fihavanana » (valeur ancestrale qui constitue le cœur de l’entraide et de la solidarité au sein de la population malgache).
Deuxièmement, c’est une opportunité d’améliorer l’économie malgache grâce au développement de l’artisanat et du tourisme.
Et enfin, plusieurs pays (les occidentaux, les chinois, les arabes, les pays musulmans…) ont su garder leur propre nouvel an. Le notre a été supprimé par la France en 1896. Le fait d’avoir un nouvel an malgache officiel prouverait que Madagascar jouit de sa pleine souveraineté.
Un grand "Fanorona" (échiquier malgache) - (c) Ariniaina 2010

Un grand « Fanorona » (échiquier malgache) – (c) Ariniaina 2010

7. Quand est-ce que le Nouvel an Malgache sera célébré cette année? Quelles sont les programmes prévus pour l’occasion?

« C’est pendant la nuit du 30 mars 2014  qu’on observe le croissant de lune le plus proche de l’équinoxe du 21 mars. Mais comme nous, Malgaches, considérons que la journée commence le matin, le premier jour de l’an sera donc le 31 mars 2014.
Le 30 mars, on allumera le « afo tsy maty » (feu éternel) à Andohalo qu’on emmènera par la suite à Ikianja Ambohimangakely le même jour. Tous ceux qui désirent prendre ce feu peuvent venir à Andohalo ou à Ikianja et apporteront des bougies.
Le 31 mars, il y aura une célébration à Ikianja Ambohimangakely.
Des festivités sont également prévues à Imerimanjaka la nuit du 30 mars et le 31 mars.
Il y aura un culte œcuménique à Ambohidrabiby le 29 mars à partir de 14 heures.
Une porte ouverte sur le Nouvel an Malgache se tiendra au Tahala Rarihasina du 29 mars au 02 avril.
Comme tous les ans, le Nouvel an Malgache sera également célébré à Ambohimanga Rova et à Avarabary Imerintsiatosika les 30 et 31 mars.
D’après les médias, Vohémar et Antsirabe célèbreront également le « Taombaovao Malagasy« .
En outre, plusieurs restaurants organiseront des repas festifs et des écoles fêteront également le Nouvel an Malgache.
Le partage du feu éternel - (c) Ariniaina 2010

Le partage du feu éternel – (c) Ariniaina 2010

8. Quelle est la position de l’état vis-à-vis du Nouvel an Malgache? Prend-il part à sa promotion?

« Avant 2013, l’État Malgache  ne s’est pas du tout intéressé à la célébration du Nouvel an Malgache. Il redoutait les critiques venant de leurs électeurs qui sont presque tous chrétiens. Entre autre, la vraie date du jour de l’an reste confuse. Cependant, des collectivités décentralisées ont toujours collaboré avec le Centre Culturel Malgache dans l’organisation du « Taombaovao Malagasy« . L’Office Régional du Tourisme d’Analamanga est parmi les partenaires les plus actifs de l’événement.

C’est en 2013 que l’on a ressenti un changement émanant de l’État grâce à la présence d’une haute personnalité politique  et sa prise de parole lors de la célébration du Nouvel an. Toujours en 2013, la RNM (Radio Nationale Malgache) a consacré tout un programme sur le Nouvel an Malgache.

Pour le 31 mars, on a bon espoir de mobiliser bon nombre de hautes personnalités étatiques.

9. Avez-vous des messages ou commentaires particuliers à partager aux lecteurs?

« Il est complètement faux de dire que le Nouvel an Malgache est une fête des familles royales. Ceci est une fête nationale qui ne verse point dans une quelconque discrimination. Nous invitions tous les Malgaches de part le monde à célébrer notre Nouvel an le 31 mars 2014 selon les convenances de chacun. Tous ceux qui désirent organiser une fête pour l’occasion peuvent prendre contact avec le Centre Culturel Malgache via Facebook « Trano Koltoraly Malagasy » ou auprès de son bureau à Ikianja Ambohimangakely. Venez nombreux pour assister aux événements d’Andohalo, d’Ikianja Ambohimangakely et d’Ambohidrabiby dont l’entrée est gratuite.
Nous souhaitons à tous les Malgaches de par le monde une bonne année ce 31 mars 2014. »

Je remercie « Taombaovao Malagasy » de nous avoir aidé en nous donnant ces quelques explications.

Le débat reste tout de même ouvert. Les doutes persistent peut-être encore quant aux dates exactes du nouvel an (Mars, Juillet ou Novembre?). Les avis divergent également sur la nécessité ou pas de célébrer ce Nouvel an Malgache. J’attends vos commentaires.

(J’ai pris ces photos à Andohalo lors de la célébration du Nouvel an Malgache en 2010. J’ai d’ailleurs partagé mes expériences dans ce billet [EN])

, , , , ,

7 commentaires

Mon nom est malgache, devrais-je le changer ?

Andrianampoinimerina, roi malgache (1787-1810)

Andrianampoinimerina, roi malgache (1787-1810)

Notre avion venait d’atterrir à Dakar. C’était pour participer à la formation Mondoblog de 2011. Il était 4 heures du matin. Et dehors, il faisait encore sombre. J’ai pu à peine apercevoir à travers une vitre pleine de buée quelqu’un tenant un écriteau complètement rempli de noms. Mais j’ai tout de suite dit à mon ami, Andriamihaja,  que c’était le chauffeur qui venait nous récupérer, car des noms aussi longs, ça ne devait être que les nôtres. Je ne me suis pas trompée.

« Mon nom est imprononçable, mon nom est malgache ». C’est le nom d’une page Facebook que je prête ici. L’anecdote se passe toujours à Dakar. Un des mondoblogueurs venait de rejoindre le groupe et a dit: « Bonjour! Toi, tu dois être A-ri-ni-ai-nà! » Et tout le monde s’est mis à rire puis l’a taquiné: « Bein, toi, tu n’as pas arrêté de répéter son nom dans l’avion pour avoir réussi à le prononcer d’un coup. » En choisissant ce pseudonyme Ariniaina qui vient de mon nom de famille – Rahariniaina – à aucun moment, je n’ai pensé que quelqu’un aurait du mal à le prononcer.

« Je trouve que « Einstein » est plus difficile à prononcer que mon prénom: « Rijaniaina » »

Ce mondoblogueur malgache a aussi touché un mot sur le sujet. Et ça me rappelle un autre ami qui a pris l’exemple de Schwarzenegger.

He-ry-Ra-jao-na-ri-mam-pi-a-ni-na. Tiens! Puisqu’on en parle. Le nom du nouveau président de la Grande Île a évidemment donné du fil à retordre à plus d’un, surtout les journalistes. The Guardians [EN] s’est même amusé à compter les caractères de son nom au complet – Hery Martial Rakotoarimanana Rajaonarimampianina – ils ont dit 44 mais en fait il y a 45 caractères en tout. Le journal lui a également décerné le titre du nom de chef d’État le plus long.

Pourquoi les noms malgaches sont-ils aussi longs? Slate Afrique répond à cette question. Le linguiste Narivelo Rajaonarimanana explique:

«Le nom malgache n’est pas une étiquette. C’est un souhait, un destin, une parole qui contredit un mauvais destin, un souvenir du jour de naissance, une combinaison de noms de parents ou d’ancêtres»

Effectivement, les noms malgaches ont une signification précise et expressive. Mon prénom Lalatiana, par exemple, Lala signifie chérie et Tiana aimée (ou chérie). Une amie américaine a décidé de m’appeler « Double Loved » (aimée deux fois). Sans aucun doute, mes parents m’aiment énormément d’où ce prénom, ou ils voulaient s’assurer que je sois aimée : D Celui de mon mari Andry veut dire pilier. C’est sur qui on compte… Ici vous pouvez voir une liste de prénoms malgaches avec leur signification.

Bref, comme je l’ai dit plus haut, les noms malgaches sont souvent longs et imprononçables. Ce qui ne facilite pas toujours la relation avec le reste du monde, car beaucoup ont peur d’écorcher nos noms, expliquent quelques membres de la diaspora. Comment y remédier ? Utiliser un diminutif pour faciliter la communication? C’est mon cas. Désormais, je n’utilise que la première moitié de mon prénom. Avoir un deuxième prénom? Comme Andriamihaja qui utilise Guénolé.

Un sujet de discussion vu les réseaux sociaux lancé par une Malgache vivant en France:

« J’ai du demander un acte d’état civil auprès d’une mairie en France. Je me suis sentie humiliée en sortant de là à cause de mon nom qui paraît-il est trop long pour le logiciel de la mairie. Je suis triste parce qu’ils ont donné tort à mes parents. Ils ont dit que nous autres Malgaches devrions changer nos pratiques qui sont démodées. »

A cela, les commentaires se résument en : « Ce sont les parents qui sont à blâmer? ou c’est le logiciel qu’il faudra changer? Nous ne devons nullement avoir honte de nos noms. C’est ce qui nous différencie. C’est notre culture. Ça devrait être notre fierté. »  Et je partage ces opinions.

Sinon, quelqu’un a proposé que cette femme aille au tribunal et change de nom. En effet, un tel recours est possible. Mais doit-on réellement en arriver là? Changer de nom serait, pour moi, déshonorer ses parents et renier son origine. Après, la décision appartient à chacun.

Une autre personne a proposé qu’on raccourcisse les noms donnés aux enfants pour faciliter les choses. Certains restent sur leur position comme quoi la fierté culturelle prime et qu’on ne doit rien changer à la tradition. D’autres considèrent la question.

Mais est-ce réellement un dilemme de porter un nom trop long? Il faut préciser que trop long veut aussi dire beaucoup de prénoms voir trois, quatre ou plus. Il y a des gens qui n’ont aucun problème avec cela qu’ils soient à l’étranger ou pas. Mon mari, par exemple, porte bien son nom malgré sa longueur. Quant à une de mes tantes, elle a avoué que ça l’énervait quand, lors des examens à l’école, elle était encore en train de remplir les cases des noms et prénoms alors que les autres commençaient déjà leur devoir. Notre pasteur a vécu la même expérience et déconseille vivement aux nouveaux parents de donner des noms trop longs à leurs enfants. Mon père a préféré ne pas nous faire porter son nom de famille. Il a toujours galéré avec. Et j’avoue que même entre Malgaches, son nom reste compliqué.

Alors, est-ce un compromis, une prise de conscience ou une simple envie de changer? Car beaucoup de parents optent actuellement pour des prénoms malgaches, courts, concis, faciles à prononcer pour la joie de tous. C’est sans doute la raison des créations de nouveaux prénoms malgaches qui sont très tendance.  Henika Fitia ( remplie d’amour) est très à la mode ces derniers temps. Mais il y aussi Henikaja (rempli de respect), Aro (protection), Mahatia (on a envie d’aimer), Iloniaina (huile de la vie ou plutôt raison de vivre)…

Les parents  font même preuve d’une grande imagination et d’inspiration pour essayer d’avoir des prénoms malgaches bien originaux. Quelques exemples:  Tianay (nous aimons), Anay (à nous), Tohy’Aina (suite de la vie), To’Ahy (venant de Toa Ahy – comme moi)…

Mon mari et moi avions trois critères pour choisir les prénoms de nos enfants. On voulait des prénoms malgaches, signifiant nos souhaits pour eux et qui ne sont pas trop courants. J’avoue que nous n’avons pas tellement tenu compte des difficultés possibles qu’auront les non-Malgaches avec leurs prénoms. Espérons que les gosses s’en sortiront bien. Notre fils s’appelle Andraina (vers qui on lève la tête, en qui on place l’espoir) To (accompli). Notre fille s’appelle Ikoriantsoa (en qui coulent les biens/bonnes choses) Tanteraka (synonyme de « To » pour dire que nos enfants sont sur le même piédestal).

Il y a eu une période où les parents préféraient les prénoms étrangers. Depuis peu, on remarque que les prénoms purement malgaches sont favorisés. Et, entendons-nous bien, je n’ai absolument rien contre les Yoan, Erwan, Aaron…, mais j’aime les noms malgaches. Je prends d’ailleurs toujours plaisir à expliquer leurs significations aux étrangers. J’espère que cette tendance persistera.

 

 

 

 

 

, , ,

41 commentaires

Madagascar: L’éducation selon les Ntaolo est-elle encore d’actualité?

Bonne et heureuse année 2014 à tous! Je reviens avec une bonne nouvelle. Je viens d’avoir une petite fille. Ce qui a valu cette pause.

Ma fille est née un vendredi. A quoi ça sert de savoir ça me diriez-vous? Mais c’est un jour que je dois prendre en compte sérieusement, selon ma belle-mère en tout cas. « Ne coupe surtout pas les ongles de la petite un vendredi. Ses cheveux non plus. – Ah bon? Pourquoi?
– Je n’en sais rien. Mais c’est comme ça. Il faut suivre les coutumes. »

Bracelet de bouton pour la poussée dentaire - ©ariniaina

Bracelet de bouton pour la poussée dentaire – ©ariniaina

Je vous ai déjà parlé des tabous durant la grossesse. Aujourd’hui, je vais partager le peu que je connais sur l’éducation des enfants selon les croyances des Ntaolo (ancêtres). Certaines croyances restent inexpliquées. Aucune personne de mon entourage en tout cas n’en connait les vraies raisons.

J’ai fait quelques recherches sur internet mais en vain, je n’ai trouvé qu’un livre (payant) qui parle du sujet. Je n’ai pas encore pu me l’offrir. Aussi, je demande votre aide. N’hésitez surtout pas à partager si vous connaissez d’autres croyances sur la manière d’élever son enfant. La liste ci-dessous relève donc de ce qu’on m’a dit de suivre depuis que je suis mère.

A NE PAS FAIRE

- Après la naissance, au moment d’enfouir le placenta sous terre, il ne faut pas se retourner au risque d’avoir un bébé qui louche.

- Une fois que le cordon ombilical tombe, on le donne à manger aux bœufs. Si une personne a très mauvaise mémoire, on le surnommera « very tadi-poitra » (celui/celle qui a perdu son cordon ombilical).

- Il ne faut pas emmener bébé sortir le soir pour le protéger de l’esprit du mal. Sinon, mettre de la cendre sur le front de bébé avant de sortir la nuit, brûler des cheveux une fois de retour à la maison pour faire partir cet esprit.  On peut également enjamber une flamme pour conjurer le mauvais sort. Il faut faire de même après une présentation de condoléance chez la famille du défunt, une veillée funèbre ou un enterrement.

- Dans la région Est de Madagascar, il est interdit à l’enfant qui n’a pas encore de dents de porter un chapeau en raphia. Le raphia met sept ans pour fleurir. Il paraît alors  que l’enfant qui ne respectera pas cette croyance ne survivra pas au delà de ses sept ans.

- Le garçon non circoncis ne doit pas s’asseoir sur un mortier.

A FAIRE

- Quand bébé a trois mois, il aura droit à sa première coupe de cheveux. Pour cela, sa mère choisit une personne ayant une belle chevelure, espérant ainsi que le bébé ait d’aussi beaux cheveux que cette personne. Au moment de la coupe, personne ne doit se retourner. C’est aussi une grande célébration pour toute la grande famille.

- Faire mettre un bracelet fabriqué à l’aide d’un fil et d’un bouton qu’on a ramassé (trouvé) pour faciliter la poussée des dents.

- Verser de l’eau à l’endroit où l’enfant est tombé.

- Le parent, avant de partir en voyage, sucera l’auriculaire de son enfant pour que l’absence ne soit pas trop pénible pour ce dernier.

- Un garçon non circoncis ne sera pas un vrai homme.

SUIVRE ou PAS? CROIRE ou PAS?

Depuis quelques temps, je suis un groupe sur Facebook: « Koloiko ny zanako » (Je prends soin de mes enfants). J’ai demandé aux mamans membres de ce groupe de partager leur opinion sur la question. Les avis divergent.

Il y a celles qui s’y opposent. Une grande majorité préfère s’en remettre à Dieu et juge ces croyances d’occultes. Une autre partie ne suit pas car, pour elles, tant qu’il n’y pas d’explications scientifiques, elles n’en croient rien.

Ensuite, il y a celles qui respectent ces coutumes. Pour elles, c’est pour ne pas contredire les parents ou grand-parents. Ce sont souvent ces derniers qui rappellent aux jeunes mères comment il faut faire pour élever son enfant. Mais c’est aussi pour respecter la culture malgache et la faire perdurer. « De toute manière, Dieu ou pas, science ou pas, il n’y a aucun mal à suivre ces pratiques« , disent-elles. « Sachez qu’il y a plusieurs pays tels que l’Inde, le Japon, la Chine… dont les peuples sont jaloux de leur culture. Ce n’est pas pour autant qu’on les juge de païens« , a ajouté Fenohasina, l’une des mamans du groupe.

Et enfin, il y a certaines qui redoutent les possibles conséquences de telles croyances. Aussi, elles les suivent à la lettre.

Moi, je fais partie de ces gens qui n’y prêtent pas beaucoup attention. Comme je l’ai dit dans mon billet sur les interdits qui concernent les femmes enceintes, je recherche plus d’explications scientifiques. En parlant de coutume, j’ai tout de même fait circoncire mon fils, ce qui m’a valu le surnom de mère ignoble qui a fait mutiler son enfant.  Mais, je vous rassure, mon fils va merveilleusement bien. Sinon, je me souviens, un jour, mon bonhomme a joué sur le seuil de la porte. Alors, pour ne pas l’embêter, je l’ai enjambé pour passer. On m’a crié dessus comme quoi c’était tabou et que mon enfant ne grandira plus.

Et vous, que pensez-vous de ces croyances?

 

 

, , , , , , ,

9 commentaires

Je suis malgache, j’ai fait circoncire mon fils

Mon garçon n’était même pas encore né que, comme tout parent, je me projetais dans son avenir. J’imaginais notre première rencontre à sa naissance, son premier biberon, son premier éclat de rire, ses premiers pas… Et depuis, je redoutais déjà le jour de sa circoncision. Aaaahh, cette culture à laquelle les petits garçons malgaches n’échappent pas.

Faire la circoncision ou pas? Si oui, quand l’enfant aura quel âge? Où? La faire à l’américaine ou y a-t-il d’autres choix? Dire au petit ce qu’on va lui faire ou pas? Combien de temps ça va mettre pour guérir? Faire la fête comme la tradition le veut ou pas? Toutes ces questions nous préoccupaient à mon mari et à moi.

La circoncision, on doit la faire. La tradition l’oblige. La société la réclame. L’école l’exige. Vous vous étonnez sûrement mais oui, l’école demande à ce que l’enfant soit circoncis avant la rentrée. Peut-être pas toutes les écoles à Tanà, mais celle qu’on a choisi pour notre fils en tout cas. Je me suis même surprise à répondre: « Oui, de toute manière, c’est prévu » lors de l’entretien avec la directrice d’école. On va donc la faire.

Mon fils dans son "malabary" après sa circoncision. Photo © Ariniaina

Mon fils dans son « malabary » après sa circoncision. Photo © Ariniaina

Quel est l’âge idéal pour la circoncision? J’ai vu que chez les Juifs, l’enfant est circoncis au 8ème jour après sa naissance. La circoncision musulmane se pratique à la pré-adolescence. Y a-t-il un âge spécial requis à Madagascar? Pas que je sache. Beaucoup le font avant la rentrée à l’école, aux alentours de 3 ou 4 ans. Sinon, à Mananjary, par exemple, on attend le Sambatra. C’est un rituel de circoncision collective pratiquée tous les 7 ans dans cette partie Sud-est de la Grande Île. Peu importe l’âge de l’enfant, les parents de cette région attendent cet événement pour faire circoncire leur fils. Mon fils, lui, on l’a fait à ses 2 ans, samedi dernier (10 août 2013). Nous avons préféré le faire cette année parce que si on attend encore, il en gardera peut-être un traumatisme. C’est ce que son père et moi pensons en tout cas.

Mais pourquoi faire ce rituel? J’allais me justifier en disant que c’est pour des raisons médicales. Comme quoi des saletés peuvent rester dans le prépuce. Ou que ça favorise le risque de cancer. Et que plus tard, il se peut qu’on doit quand même le circoncire parce qu’il aura des problèmes de santé. Il sera alors plus âgé, plus conscient de la douleur. Ainsi, j’aurai regretté de ne pas avoir fait la circoncision plus tôt. Mais, au fond, est-ce la culture qui l’emporte? N’est considéré « vrai homme » que celui qui est circoncis. Cependant j’avoue que je n’apprécie pas trop le fait qu’on félicite mon fils. Non, sérieusement, mon petit garçon a 2 ans. Il ne peut pas être considéré comme devenu « adulte » parce qu’on lui a enlevé un bout de son zizi. Enfin bref, je me convaincs qu’au moins, plus tard, il ne se sentira pas différent des autres garçons malgaches. C’est mon lot de consolation.

Où faire la circoncision? C’était la décision la plus difficile. Une chose était sûre. Hors de question de la faire à l’ancienne comme je l’ai expliqué dans un précédent billet. Le rituel se fait à la maison, avec un guérisseur traditionnel (d’ailleurs où en trouver?), avec un simple couteau de cuisine, sans anesthésie. Non, non et non. J’ai lu un article en malgache qui reproche à la génération actuelle de ne plus respecter la tradition. Mais n’est-il pas plus important de réduire au maximum la souffrance de l’enfant? ainsi que les risques encourus en ne faisant pas la circoncision dans un milieu hospitalier? En tout cas, nous, mon mari et moi, ces deux raisons étaient la base même de notre choix. Il y a un médecin très expérimenté qui a son cabinet médical assez près de chez nous. Il pratique la circoncision à l’américaine qui consiste à couper le morceau de peau avec une capsule brûlante. Beaucoup sont convaincus par cette méthode car il n’y a pas de saignement et c’est presque sans douleur. Je n’ai rien contre ce médecin. Il était d’ailleurs notre premier choix. Mais finalement, on a opté pour l’hôpital HJRA et c’est sans regret car pour eux on endort l’enfant. Donc, l’enfant ne voit rien et ne ressent rien pendant l’opération qui a duré à peine 5 minutes. C’était très important pour mon mari et moi. On a pu constater que notre enfant n’est pas traumatisé après l’opération et aussi, ne ressent aucune colère envers mon père et mon frère qui l’ont conduit à l’hôpital. Contrairement à mon frère qui se souvient de toutes les personnes qui l’ont tenu le jour de sa circoncision; des gens qu’il a détesté pendant un long moment de sa vie.

 Au réveil du petit après la circoncision, il a pleuré pendant une bonne heure jusqu’à notre retour à la maison. C’était dur, dur, dur. Je ne savais pas comment consoler mon pauvre garçon. Heureusement qu’il a compris ce qui lui arrivait. Parce que quelques jours auparavant, je lui ai maintes fois expliqué ce qui l’attendait, qu’on devait absolument le faire, que ça allait faire très très très mal, et qu’il avait le droit de pleurer. Après les pleurs, il a fait une petite somme. Ensuite, on lui a offert de nouveaux jouets. Aussitôt, la douleur est oubliée. Il a joué comme si de rien n’était. Seuls les pipis de cette première journée se faisaient avec de petites larmes ainsi que le bain du lendemain. Là, on est au 5ème jour après la circoncision, ce n’est pas tout à fait guéri mais le petit va bien. Il refuse juste d’enfiler un pantalon. Il préfère ne mettre que son « malabary » , une tenue traditionnelle pour l’occasion. Et oui, je tenais quand même à suivre quelques points de la tradition.

En parlant de ça, mon père a également tenu à remplir son rôle de grand-père: avaler le prépuce avec une banane. Donc, je me suis dit « tant mieux« . Et certes, la circoncision dans les centres médicaux peuvent se faire toute l’année, on a quand même gardé la tradition en la faisant en hiver. C’est vrai quoi, c’est mieux pour la cicatrisation non? Sinon, on n’a pas fait de fête. On a beau appeler la circoncision « hasoavana » (grande joie) en malgache, mon cœur n’était pas pour la célébration. Seuls les proches étaient prévenus. Je voulais me concentrer plus à mon bonhomme qu’à la bouffe, aux boissons et au bien-être des invités.

Voilà, c’est mon expérience en tant que mère d’enfant circoncis. Le plus dur finalement était la nuit précédant la circoncision. J’ai passé une nuit blanche tellement j’angoissais. Une fois l’opération faite, il fallait faire face et ça s’est bien déroulé. Allez, bon courage aux parents qui auront à faire ce choix et vont vivre cette expérience. « Arahaba ririnina » (Joyeux hiver) – comme on dit – à ceux qui viennent de la faire.

, , ,

38 commentaires

Tradition: Le sort des jumeaux à Mananjary

 

Photo: France 24

Photo: France 24

Je viens de lire l’article d’une amie Mondoblogueuse « Sylvie et Sylvain ne sont pas des mendiants » qui parle de la tradition dans son pays concernant les jumeaux. L’article m’a fait me rappeler qu’à Mananjary, une région du Sud-Est de Madagascar, les jumeaux sont réputés être maudits.

La dernière fois que je suis allée dans la région remonte à 2004. J’y étais pour accompagner une missionnaire chrétienne. Mon amie et moi rendaient tous les jours visite à diverses associations de la ville. Je ne me doutais pas que j’allais entendre une histoire qui me bouleverserait.

Je ne me rappelle plus très bien de quelle association il s’agissait mais on y a rencontré une dame soucieuse avec deux bébés dans ses bras. Elle venait d’accoucher de jumeaux et s’est enfuie de chez elle pour prendre refuge dans cette association chrétienne. La raison en est simple: les villageois allaient tuer ses bébés.

A Mananjary, depuis toujours, les jumeaux ne sont pas acceptés par la société. La croyance dit qu’un des jumeaux est une « bête » (ou un « démon ») qui apporterait des malédictions dans tout le village. La tradition veut alors qu’on tue la « bête ». Mais comment savoir lequel? Les parents des jumeaux vont consulter un « mpanandro » (sorcier) qui dira qui est à garder et qui ne l’est pas. Certains parents décident de tuer les deux bébés sans consulter de « mpanandro« . J’ai lu dans certains articles que les bébés sont laissés sous les sabots des zébus et que s’ils se font piétiner et meurent, ce sont bien des « démons » mais que s’ils s’en sortent, la malédiction est rompue. Mais j’ai bien peur que cela ne soit confondu avec une autre pratique sur les « teraka alakaosy » (nés sous le signe de alakaosy), des gens qui sont dotés d’une  chance extraordinaire.   La dame nous a raconté une toute autre histoire. Elle nous a dit que les bébés sont placés dans des pirogues et qu’on les laissent être emportés par les vagues  de la mer – qui sont très fortes dans cette zone.

Dès que la nouvelle de la  naissance des jumeaux s’est répandue, la famille, les amis, même le mari et le village en entier ont cherché à les enlever de la dame et à pratiquer la tradition. Mais elle ne voulait pas se séparer de ces enfants, ces petits êtres qui ont grandi dans son ventre pendant neuf mois. Sans préparer de bagages, elle s’est enfuie avec ses jumeaux. Elle a entendu parler de l’association et n’a pas hésité à sonner à leur porte. En tout cas, quand on l’a rencontrée, on a vu qu’on s’est bien occupé d’elle mais la tristesse et la crainte se lisaient encore sur son visage.

J’ai eu du mal à m’endormir la nuit d’après. Je voulais absolument quitter ce village qui vivait encore dans l’ancien temps, dans les croyances ancestrales. Et pourtant, les gens m’avaient bien l’air sympathiques en nous disant « akory » (bonjour de Mananjary) sans même  nous connaître ou quand tout le monde voulait nous offrir du café – une marque d’hospitalité chez eux (je ne bois pas de café mais par politesse, j’ai accepté).

Dans le temps du Président Marc Ravalomanana, un projet de loi a été fait et a suscité la colère des « défendeurs de la tradition de Mananjary ». Ce projet de loi a été réitéré par Mialy Rajoelina, l’épouse de l’actuel président de la Haute Transition. Mais où en est-il exactement de ce projet de législation qui vise à renforcer la protection des jumeaux de Mananjary  et ainsi mettre fin à ces pratiques ancestrales néfastes?

Une autre version sur l’origine de cette pratique est racontée par Zanatany dans « Les jumeaux de Mananjary« . C’est  intéressant à lire.

, , , ,

26 commentaires

Accueil de la plateforme