Le Nouvel An Malgache

Mais quel nouvel an Malgache? Quand ça? Je n’ai jamais entendu parler de ça… Moi non plus… Moi si, mais je crois que c’est quelque chose qu’ils ont inventé tout récemment… A quoi bon?… Pourquoi pas… L’annonce dans les médias de la célébration prochaine du nouvel an malgache a créé une polémique.

Pour essayer de répondre à certaines questions, j’ai pris contact avec le compte Facebook « Taombaovao Malagasy » (vous l’avez deviné – Nouvel An Malgache). Notre échange s’est fait entièrement en malgache. Et les réponses sont assez longues. Alors, j’ai décidé de le partager dans sa version originale: Taombaovao Malagasy (en pdf). Sinon, les grandes lignes seront relevées en français dans ce billet. J’essaierai de traduire le document pour plus tard et vous tiendrai informé au bas de ce billet.

1.Qui est derrière le compte de « Taombaovao Malagasy »?

« Le compte Facebook de « Taombaovao Malagasy » regroupe quelques historiens malgaches et des personnes ayant suivi les célébrations du nouvel an malgache depuis 2009.

Nous sommes conscients que la solidarité des Malgaches et la valorisation de l’identité malgache sont parmi les bases requises pour lutter contre la pauvreté et l’accaparement de la richesse nationale par les étrangers. »

2. A quelle date célèbre-t-on le Nouvel an malgache?

« Avant la colonisation de Madagascar, chacune des ethnies malgaches avaient leur propre calendrier. Depuis le règne de Radama II jusqu’à Ranavalona III (1883-1896), les 3/4 du peuple malgache ont commencé à avoir le même calendrier. Toutefois, dans toutes les ethnies, chaque début de mois est défini par l’observation du premier croissant de lune. Tous – notamment les descendants de marins indonésiens, arabes, bantous, portugais, indiens et juifs – observaient le calendrier lunaire et la position des 12 constellations dans le ciel.
La date du premier jour de l’an ainsi que l’histoire qu’a vécu chaque ethnie variaient également suivant les monarques qui se sont succédé.
L’occupant français a supprimé cette célébration en 1896 et l’a changé à la date du 1er janvier. Jusqu’à nos jours, les autorités successives ne se sont pas intéressés à changer cela.

Depuis 2007, nous avons à nouveau célébrer le Nouvel an Malgache. L’Académie Malgache et le Centre Culturel Malgache ont annoncé que le Nouvel an Malgache sera dorénavant célébré au jour de l’observation du premier croissant de lune proche du 21 mars. »

Plusieurs avis divergent quant à l’origine de ce nouvel an. 3. Est-il uniquement celui des Merina (un groupe ethnique – peuple occupant la partie nord des hautes terres centrales de Madagascar) ou de tous les malgaches?

« Le nouvel an malgache n’est pas un nouvel an Merina. Pour preuves:
Premièrement, selon l’histoire, les Ntaolo (ancêtres) n’utilisaient pas le mot « taombaovao » mais « tonontaona« . L’appellation du nouvel an n’a cessé d’évoluer pour le peuple d’Imerina. Du Roi Ralambo (1575-1610) au Roi Andrianampoinimerina (1787-1810), on l’a appelé « Alahamadibe » (jour du roi). Il y avait d’autres festivités telles que l’ « Alakaosibe » et l’ « Adijadibe » qui promouvaient les « pratiques païennes ». Ces célébrations portant des noms de mois sont donc des rituels païens et des cultes des morts. A l’arrivée de la religion chrétienne en 1810, les rois qui se sont convertis au christianisme ne voulaient plus utiliser le nom « Alahamadibe » (jour du roi) mais « Fandroana » (bain sacré) pour désigner le début de l’an. Il n’était plus question de pratiques païennes ou de cultes des morts durant les célébrations. Au temps de la reine Ranavalona III, elle a changé le « Fandroana » (bain sacré) en « Asaramanitra » (grande fête) qui était désormais fêté à la date de son anniversaire – le 22 novembre. Par conséquent, le nouvel an malgache n’a rien à voir avec l’ « Alahamadibe« , le « Fandroana » et l’ « Asaramanitra » d’où le nom « Taombaovao Malagasy » pour marquer sa différence.
Deuxièmement, le Nouvel An Malgache est célébré le jour où l’on observe le début de croissant de lune le plus proche du 21 mars et non pas le 22 novembre comme l’a fait Ranavalona III. Le but n’étant pas de se rattacher à un ou des rois/reines Merina mais de renforcer le « fihavanana » (valeur ancestrale qui constitue le cœur de l’entraide et de la solidarité au sein de la population malgache) parce que le «Taombaovao Malagasy» ne distingue ni ethnie, ni religion, ni origine ni race.
Enfin, il n’ a jamais été question de célébrer le Nouvel an Malgache selon les rituels Merina. L’organisation de l’événement est libre et dépend des organisateurs et des régions. On encourage même l’adoption des couleurs de chaque région, de chaque ethnie pour la célébration du nouvel an dans tout Madagascar. Par ailleurs, chaque groupe religieux peut célébrer selon leurs pratiques. Les artistes et tout secteur d’activités peuvent également célébrer comme ils le souhaitent: par exemple, des danseurs vont faire des représentations au devant de Tahala Rarihasana. Des restaurants organisent des repas festifs. Les élèves de « Kabary » (art du discours) de la Fjkm Ambohidrabiby font également des représentations lors du nouvel an malgache. »
"Afo tsy maty" ou feu éternel

« Afo tsy maty » ou feu éternel – (c) Ariniaina 2010

4. Comment se déroule la célébration?

« La célébration du nouvel an malgache est libre car il n’y a aucune distinction de religion, d’origine ou de race. Cela dépend des organisateurs. Notons aussi que les rituels ont changé tout au long des siècles et chacun avait leur manière de célébrer le nouvel an. Par exemple, avant l’avènement de la religion chrétienne, les festivités comportaient des cultes des morts et des pratiques païennes. Depuis le règne de Radama II (1861-1863) jusqu’à la fin des royaumes malgaches (1896), le « Fandroana » (bain sacré) et l’ « Asaramanitra » (grande fête) étaient célébrés selon les pratiques chrétiennes.
Comme le « Taombaovao Malagasy » ne veut pas qu’on distingue la religion, l’origine ou la race, le Centre Culturel Malgache n’associe aucune pratique religieuse à la célébration du nouvel an malgache. Le Centre Culturel Malgache a donc supprimé tout ce qui concerne les pratiques religieuses notamment les cultes des « sampy » (idoles), les sacrifices d’animaux, les cultes des tombeaux. L’allumage des « afo tsy maty » (feux éternels), le port des « harendrina » (lampions), les « tsodrano » (bénédictions) sont gardés et peuvent changer d’une région à une autre.
Cela n’empêche pas les groupes religieux ou les villages de célébrer le nouvel an comme ils le souhaitent et selon leurs pratiques. Les descendants d’Ambohidrabiby organisent un culte œcuménique à la Fjkm Ambohidrabiby le samedi 29 mars 2014 à partir de 14heures. L’association Mamelomaso, par exemple, suit la tradition merina pour la célébration du nouvel an malgache. Des écoles célèbrent également ce jour au sein de leur établissement respectif. Les descendants des familles royales célèbrent selon leurs propres rituels.
Les "Harendrina" ou lampions - (c) Ariniaina 2010

Les « Harendrina » ou lampions – (c) Ariniaina 2010

5. Comment se fait-il qu’il y ait beaucoup de malgaches qui ignorent l’existence de cet événement?

« Premièrement, les habitants des campagnes ont toujours célébré l’ « Alahamadibe » mais en cachette car la société les prend pour des païens. Le « Fandroana »  a été supprimé depuis l’annexion de Madagascar.
Deuxièmement, la célébration du nouvel an malgache n’a pas été enseigné à l’école.

Et enfin, compte tenu du budget limité, seule Antananarivo est sensibilisée. De nos jours, il y a de plus en plus de Malgaches qui parlent de ce nouvel an parce que les médias en parlent grâce aux efforts déployés par le Centre Culturel Malgaches et leurs partenaires. Aussi, beaucoup actuellement n’hésitent plus à célébrer cet événement à leur propre manière. »

6. Est-il important de faire revivre le nouvel an malgache?

« Oui. Et il y a 3 grandes raisons pour cela.
Premièrement, la célébration du nouvel an malgache diffère de celle du 1er janvier. Les ancêtres malgaches accordaient de l’importance à la purification du cœur, de l’esprit et de l’environnement pour le retour aux valeurs, pour se réconcilier, pour renforcer le « fihavanana » (valeur ancestrale qui constitue le cœur de l’entraide et de la solidarité au sein de la population malgache).
Deuxièmement, c’est une opportunité d’améliorer l’économie malgache grâce au développement de l’artisanat et du tourisme.
Et enfin, plusieurs pays (les occidentaux, les chinois, les arabes, les pays musulmans…) ont su garder leur propre nouvel an. Le notre a été supprimé par la France en 1896. Le fait d’avoir un nouvel an malgache officiel prouverait que Madagascar jouit de sa pleine souveraineté.
Un grand "Fanorona" (échiquier malgache) - (c) Ariniaina 2010

Un grand « Fanorona » (échiquier malgache) – (c) Ariniaina 2010

7. Quand est-ce que le Nouvel an Malgache sera célébré cette année? Quelles sont les programmes prévus pour l’occasion?

« C’est pendant la nuit du 30 mars 2014  qu’on observe le croissant de lune le plus proche de l’équinoxe du 21 mars. Mais comme nous, Malgaches, considérons que la journée commence le matin, le premier jour de l’an sera donc le 31 mars 2014.
Le 30 mars, on allumera le « afo tsy maty » (feu éternel) à Andohalo qu’on emmènera par la suite à Ikianja Ambohimangakely le même jour. Tous ceux qui désirent prendre ce feu peuvent venir à Andohalo ou à Ikianja et apporteront des bougies.
Le 31 mars, il y aura une célébration à Ikianja Ambohimangakely.
Des festivités sont également prévues à Imerimanjaka la nuit du 30 mars et le 31 mars.
Il y aura un culte œcuménique à Ambohidrabiby le 29 mars à partir de 14 heures.
Une porte ouverte sur le Nouvel an Malgache se tiendra au Tahala Rarihasina du 29 mars au 02 avril.
Comme tous les ans, le Nouvel an Malgache sera également célébré à Ambohimanga Rova et à Avarabary Imerintsiatosika les 30 et 31 mars.
D’après les médias, Vohémar et Antsirabe célèbreront également le « Taombaovao Malagasy« .
En outre, plusieurs restaurants organiseront des repas festifs et des écoles fêteront également le Nouvel an Malgache.
Le partage du feu éternel - (c) Ariniaina 2010

Le partage du feu éternel – (c) Ariniaina 2010

8. Quelle est la position de l’état vis-à-vis du Nouvel an Malgache? Prend-il part à sa promotion?

« Avant 2013, l’État Malgache  ne s’est pas du tout intéressé à la célébration du Nouvel an Malgache. Il redoutait les critiques venant de leurs électeurs qui sont presque tous chrétiens. Entre autre, la vraie date du jour de l’an reste confuse. Cependant, des collectivités décentralisées ont toujours collaboré avec le Centre Culturel Malgache dans l’organisation du « Taombaovao Malagasy« . L’Office Régional du Tourisme d’Analamanga est parmi les partenaires les plus actifs de l’événement.

C’est en 2013 que l’on a ressenti un changement émanant de l’État grâce à la présence d’une haute personnalité politique  et sa prise de parole lors de la célébration du Nouvel an. Toujours en 2013, la RNM (Radio Nationale Malgache) a consacré tout un programme sur le Nouvel an Malgache.

Pour le 31 mars, on a bon espoir de mobiliser bon nombre de hautes personnalités étatiques.

9. Avez-vous des messages ou commentaires particuliers à partager aux lecteurs?

« Il est complètement faux de dire que le Nouvel an Malgache est une fête des familles royales. Ceci est une fête nationale qui ne verse point dans une quelconque discrimination. Nous invitions tous les Malgaches de part le monde à célébrer notre Nouvel an le 31 mars 2014 selon les convenances de chacun. Tous ceux qui désirent organiser une fête pour l’occasion peuvent prendre contact avec le Centre Culturel Malgache via Facebook « Trano Koltoraly Malagasy » ou auprès de son bureau à Ikianja Ambohimangakely. Venez nombreux pour assister aux événements d’Andohalo, d’Ikianja Ambohimangakely et d’Ambohidrabiby dont l’entrée est gratuite.
Nous souhaitons à tous les Malgaches de par le monde une bonne année ce 31 mars 2014. »Je remercie « Taombaovao Malagasy » de nous avoir aidé en nous donnant ces quelques explications.Le débat reste tout de même ouvert. Les doutes persistent peut-être encore quant aux dates exactes du nouvel an (Mars, Juillet ou Novembre?). Les avis divergent également sur la nécessité ou pas de célébrer ce Nouvel an Malgache. J’attends vos commentaires.

(J’ai pris ces photos à Andohalo lors de la célébration du Nouvel an Malgache en 2010. J’ai d’ailleurs partagé mes expériences dans ce billet [EN])

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Jeune femme, maman, malgache, blogueuse, citoyen journaliste, photographe amatrice passionnée

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13 réflexions sur “Le Nouvel An Malgache

  1. Ny taom-baovao malagasy na ny asaramanitra toy izao dia iray amin’ireo fahendrena, na ihany koa fomba malagasy saika simban’ny fanjanahan-tany sy ny fanjanahan-tsaina. Ankehitriny, ravoravo ny fanahy mahita ny fitodihan’ny Malagasy amin’ny tena fombany.

    Ho ela velona ny fahendren-drazana, ary izaho koa tsy ho faty haingana

    • Ekena fa misy ny ezaka amerenana ny fomba malagasy. Mbola betsaka koa anefa no tsy miraika amin’izany. Koa ny tsirairay izay mahatsapa ny maha-zava-dehibe azy io dia tokony isarika hatrany ny havana sy ny namana rehetra manodidina.
      Misaotra anao nitsidika sy namela hafatra teto.

  2. saveoursmile dit :

    Super article… comme dans tout effort de restauration/préservation de coutumes et pratiques ancestrales, il y a toujours des incompréhensions…toutefois je ne peux m’empêcher de constater l’incohérence par rapport au fait de dire qu’on veut séparer la religion de l’évènement d’une part- et le fait d’organiser un culte œcuménique d’autre part…. c’est un peu comme quand on dit dans la constitution que Madagascar est un état laïque alors que l’hymne national a été composé/écrit par un pasteur et que la référence à la religion est plus que confirmée…. d’errance en errance, on finira bien par (re)trouver notre identité et à se mettre d’accord sur l’orientation à prendre

    • Tu as raison sur ce point (l’hymne nationale, les jours fériés pour motif religieux…)
      Quant au nouvel malgache, si j’ai bien compris, toute organisation, tout groupe religieux, village, etc. sont libres de le célébrer comme ils souhaitent s’y prendre (culte, danse, festin, etc.). Si je ne trompe pas, je pense donc que ce ne sont pas les organisateurs « officiels » qui feront le culte œcuménique mais c’est la décision du village ou de la FJKM.
      Merci Hery Zo

  3. saveoursmile dit :

    ouhlà … je me relis et me rends compte que répondre via mobile-sans relecture- est le meilleur moyen rater sa sélection dans un concours d’orthographe …

  4. Cet article mérite d’être lu par tous ceux qui aspirent à vivre de la culture. Je viens de découvrir ton blog, et je pense y faire des tours pour apprécier toute cette richesse que tu partages, encore une fois merci!

    Au passage, moi aussi, je tiens un blog sur la culture, j’espère que tu le visitera,

    Misaotra indrindra!!

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