Amberomena, un village malgache figé dans le temps

L’année dernière, pour mon travail, j’ai eu l’opportunité de découvrir un petit village reculé de la commune de Belavabary, Moramanga. Amberomena m’a fasciné d’une certaine manière et je me suis vite attachée à ses villageois.

Amberomena et le fihavanana

Andriamihaja a une fois écrit que le fihavanana* est mort. Moi, j’ai toujours cru que finalement, les belles histoires autour du fihavanana ne sont que des légendes. Ce que je vois au quotidien autour de moi ne fait que confirmer cela. Nous sommes devenus trop individualistes. Tous ? Non, pas tous. À Amberomena, l’entraide est la règle.

Les habitants du village se donnent la main pour construire leur maison. Ils dressent l’ossature en bois et le mur est ensuite fait avec des couches de boue. La toiture est en chaume. Chaque foyer comporte une ou deux petites pièces qui font office de chambre à coucher, cuisine et salon. Très peu ont le sol en ciment.  

Village Amberomena. Photo: Lalah Ariniaina

Village Amberomena – Crédit: Lalah Ariniaina

Lorsque certaines mères de famille doivent partir pour faire leur lessive, par exemple, celles qui restent au village s’occupent de tous les enfants. Ce qui m’a frappé, c’est de voir que même si elles sont loin de rouler sur l’or, elles donnent le peu qu’elles ont. J’ai vu ces femmes partager du manioc à leurs enfants et ceux des autres.

Féminisme ? Qu’est-ce que c’est ?

J’étais choquée lorsqu’on a demandé aux jeunes filles leur ambition dans la vie et qu’elles ont presque toutes répondu: ‘se marier’. Puis, j’ai bien observé le quotidien des villageois et j’ai compris pourquoi. Amberomena est un village organisé à l’ancienne. Les hommes et les femmes ont des rôles bien définis. Les hommes s’occupent des champs; les femmes, du foyer et des enfants.

Une scène d’apparence banale m’a révoltée. Alors que certains hommes se prélassaient, les femmes et les jeunes filles étaient de corvée d’eau. Elles doivent marcher 1,5 km pour atteindre la source. Elles remontent ensuite une pente avec le seau rempli d’eau. J’essaie d’imaginer à quel point ça doit être pénible. Leur seau est lourd. Elles font l’aller-retour 2 à 3 fois par jour. Et comme si ça ne suffisait pas, certaines de ces femmes portent un bébé sur leur dos.

J’ai du mal à accepter qu’une femme soit juste bonne à faire des enfants et s’occuper des tâches ménagères. Mais en regardant ce village de plus près, je me rends compte que leur vie est bien organisée et paisible. Aussi bien les hommes que les femmes semblent être heureux. Alors, je n’avais pas envie de changer leur manière de penser. Moi avec mes droits de la femme du “monde moderne”, je me suis tue. J’ai préféré les laisser vivre leur vie.

Famille Amberomena . Photo: Lalah Ariniaina

Cette famille était très heureuse de me recevoir à déjeuner Crédit: Lalah Ariniaina

Amberomena et la technologie

Je dois admettre que je n’ai pas beaucoup voyagé dans les zones reculées de Madagascar. Alors, en arrivant au petit village d’Amberomena, j’étais étonnée de voir que la seule nouvelle technologie qu’ils connaissent, c’est la radio. Pas de téléphone, pas de télévision, pas d’électricité. Rien. Seul un toit des quelques maisons du village avait un petit panneau solaire pour justement charger la radio. Je suis impressionnée qu’on puisse vivre avec si peu.  

En quittant Amberomena, j’ai appris une bonne leçon de vie.

Je suis ravie d’y retourner cette année. Mon association Go4initiative a organisé une collecte de dons afin de scolariser les enfants d’Amberomena.  

*Le fihavanana est une forme de lien social valorisé dans la culture de Madagascar, s’apparentant à l’entraide et à la solidarité.

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Jeune femme, maman, malgache, blogueuse, citoyen journaliste, photographe amatrice passionnée

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