Rosebell Kagumire, une blogueuse activiste de l’Ouganda

Je suis actuellement à Cannes avec 6 autres blogueuses de l’Égypte, de Géorgie, du Liban, de Tunisie, de Togo, et de l’Ouganda. Nous sommes ici pour couvrir le 65ème Festival de Cannes avec Canal France International. Vous pouvez suivre le projet et lire les articles de toutes ces blogueuses sur CannesVuPar.com 

Grâce à ce projet, j’ai fait la connaissance d’une merveilleuse blogueuse ougandaise: Rosebell Kagumire. Elle blogue depuis 2006 et a remporté le prix Prix WAXAL des Meilleurs Blogs Africains en 2009. Elle travaille également en tant que rédactrice pour Channel 16. C’est un projet qui porte sur les actualités humanitaires et sur les conflits en Afrique de l’Est.

Rosebell a accepté de faire un petit jeu avec moi. Vous connaissez peut-être le portrait chinois?

 

Si tu étais… tu serais?

un plat: Matooke (des bananes vertes en Ouganda qu’on cuit à la vapeur et qu’on mange avec de la sauce)

un climat: le climat assez frais qu’il fait à Kampala au début des saisons pluvieuses

un mot: « Écoute » parce qu’une de mes amis proches  le dit très souvent. Parfois, je devine – avec un grand D – à l’avance qu’elle va me dire quelque chose de  très drôle mais elle devrait le dire plus vite.

une couleur: violet parce que cette couleur est bien sur moi

un animal: une vache; je n’ai pas grandi avec des animaux de compagnie. En fait, je ne me soucie pas du tout de ces animaux. Par contre je viens d’une ville où beaucoup de gens possèdent des vaches. J’adore les vaches parce qu’elles sont très utiles dans le contexte culturel mais aussi parce que, pour moi, le lait est un aliment très important.

un endroit: Bushenyi, mon village en Ouganda. Il est d’un beau vert, montagneux et avec de magnifiques couchers de soleil

un défaut: Je suis la personne la plus parfaite que tu pourras trouver sur terre :) Bon, je suis une personne très impatiente. Je réfléchis assez rapidement et j’aime comprendre les choses très vite. Peu importe ce que c’est. Alors, parfois, cette impatience peut être indélicat et, au pire, irritante pour certaines personnes.

une qualité:  J’aime à penser que je suis une personne passionnée et loyale

un film: « The Gods must be crazy » (Les Dieux doivent être fous). Ce film explique beaucoup sur l’ingérence dans la vie de beaucoup de gens, plus particulièrement, les tribus indigènes. Il est parmi les tous premiers films que j’ai regardé. J’aime également les films qui parlent des problèmes réels de la vie.

une citation: J’adore la musique surtout la musique africaine. Il y a plusieurs citations que j’adore aussi mais je dirais: « The curious beauty about African music is that it uplifts even as it tells a sad story. »  (La curieuse beauté de la musique africaine est qu’elle nous soulève même lorsqu’elle une histoire triste)- Nelson Mandela.

Cette citation serait en compétition avec celle de Maya Angelou: « You may write me down in history with your bitter, twisted lies. You may trod me in the very dirt. But still, like dust, I’ll rise. » (Tu peux écrire mon histoire avec tes mensonges amères et tordues. Tu peux me piétiner dans la boue. Mais même, comme la poussière, je me lèverai)
Lorsqu’on vient d’un continent sur quoi on écrit souvent des choses négatives et que son histoire est déformée par les étrangers, une telle citation prend tout son sens. Pour moi, elle parle du pouvoir qu’on doit rehausser malgré les défis, malgré les déformations.

un héro/une héroïne: Rosa Parks m’intrigue avec sa résistance non-violente contre le racisme en Amérique

 

Pour en savoir plus sur Rosebell Kagumire, visitez profil ici [ENG]


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Un commentaire

Si seulement elles étaient allées à l’école

Vendredi 9 mars 2012, j’ai assisté à une discussion sur la femme et le développement avec Linda Morales, Conseiller Senior du projet MAHEFA (MAlagasy HEniky ny FAhasalamana – « Familles Malgaches en bonne santé »). MAHEFA est un programme  intégré de santé à base communautaire financé par l’USAID/Madagascar.

En tant que femme, j’ai été quelque peu étonnée, choquée, triste (je n’arrive pas à trouver le bon mot) lorsque j’ai entendu les chiffres avancés par Linda Morales dans sa présentation. En voici quelques exemples: 70% des personnes vivant dans la pauvreté absolue dans le monde sont des femmes; les femmes effectuent les deux-tiers des heures de travail de par le monde et ne perçoivent que 10% des revenus; seules moins de 1% des femmes possèdent des biens immobiliers (et j’en fais partie). Source: Women’s Empowerment (en anglais).

En lisant le document du lien ci-dessus, j’ai aussi appris que les femmes représentent les deux tiers des 876 millions d’adultes que l’on estime analphabètes. A ce propos, je suis un peu optimiste quant au changement en lisant le billet de Suy, un ami mondoblogueur, il n’y a pas de honte à apprendre et les femmes (de Côte d’Ivoire)  le savent. Encore faut-il que ce courage et cette soif d’apprendre s’appliquent également dans tous les autres pays. Parce qu’une année de scolarisation supplémentaire, selon UNESCO, peut changer bien des choses dans la vie d’une femme. Cela peut augmenter ses revenus de 10%, permet de réduire le taux de mortalité infantile; permet d’améliorer la santé maternelle, permet de lutter contre le VIH/SIDA et autres maladies mortelles. Source: L’Education compte.

Photo: US Embassy Antananarivo

Cette discussion sur la femme et le développement a été organisée par le Centre de Presse Malagasy pour célébrer en quelque sorte la journée de la femme (avec une journée de retard vu que le 8 mars était chômé). Quelques femmes journalistes malgaches ont été invitées à y participer. Et moi, la petite blogueuse et en représentant une page en Anglais publiée dans un journal quotidien local, étais aussi de la partie. Au milieu de la discussion, Linda Morales nous a demandé de sortir dans le jardin pour faire un petit jeu de rôles. On nous a donné à chacune un rôle à jouer: femme illettrée travaillant dans l’agriculture, femme ayant complétée les études primaires, femme ayant fait des études secondaires, femme journaliste,… Moi, je jouais le rôle d’une parlementaire. On nous a ensuite mis sur une même ligne de départ. Linda Morales énonçait quelques droits basiques de la vie quotidienne d’une femme et à chaque fois que le personnage que nous représentions pouvait le faire, on devait avancer d’un pas. On nous a, par exemple, demandé si on pouvait lire le journal. Évidemment, la femme illettrée ne peut pas le faire. Est-ce qu’on peut acheter les nourritures dont on avait besoin? Est-ce qu’on peut payer les études de nos enfants?… Au final, la parlementaire a franchi la ligne d’arrivée. Un peu derrière, il y avait la journaliste, la femme qui était au collège. Assez loin derrière, la femme illettrée. Et là, on a toutes compris que l’étude peut aider dans l’autonomisation de la femme. Moi, personnellement, mon sentiment était qu’en tant que parlementaire, je pouvais me permettre certaines bonnes choses dans ma vie et qu’une majorité du peuple était pourtant et malheureusement laissée derrière. Et presque toutes les autres filles ont dit: « si seulement, ces responsables pouvaient entendre cela et apporter les solutions appropriées. »

Les études sont donc importantes. Or, un exemple très concret qui démontre que les décideurs ne s’en préoccupent pas trop: le problème du lycée Jules Ferry. Un blogueur malgache raconte dans un billet (en malgache) que ce lycée, où sa fille étudie, n’a pas de prof d’anglais depuis le début de l’année scolaire. On est actuellement à la moitié de l’année scolaire et aucune mesure n’a été prise. A lire le billet de notre ami blogueur, on le reproche même d’insister sur son droit.

J’ai eu une petite mésaventure jeudi 8 mars, journée de la femme. Ma sœur et moi sommes allées au marché du jeudi à Mahamasina. C’est un très grand marché tous les jeudis à cet endroit. Il est célèbre pour les friperies, le koba (une sorte de beignet de bananes et d’arachides), les « vita gasy » (produits made in Madagascar) aussi, les légumes et les volailles, enfin plein d’autres trucs qui se vendent. Alors, voilà, ma sœur et moi étions à un stand vendant des fringues pour bébés.  Il y avait plein de femmes et il fallait essayer de trouver sa place, un peu comme le jour de soldes dans les pays occidentaux si je puis dire. Dans cette « bataille », j’ai réussi à m’incruster. Comme tout le monde, je regarde s’il y a des articles intéressants pour mon fils. Voilà, qu’une femme se colle à moi et en fouillant les articles, elle touche mon sac. Je bouge un peu, sans prendre la peine de regarder la dame, mais elle touche encore mon sac. Je me méfie mais elle réussit toujours à toucher mon sac. Un petit coup d’œil à mon sac, il n’est pas ouvert. Bon, c’est cool, me suis-je dit. C’est jour de marché. Tout le monde essaie de trouver sa place.

Mon sac déchiré

La dame a fini par partir. Comme il n’y avait rien qui aille avec mon bébé, ma sœur et moi sommes parties à quelques secondes près plus tard. En arrangeant mon sac sur mon épaule, je touche le fond. Et je cris: « Purée, elle a eu mon sac! Le fond a été déchiré à l’aide d’une lame. Une chance, la voleuse n’a rien eu. J’étais super énervée mais je ne savais même pas contre qui. La femme était déjà partie et d’ailleurs je ne l’aurai même pas reconnue.

J’avais eu un peu peur pendant toute cette journée. La technique qui consiste à déchirer le sac, j’en ai entendu parler maintes et maintes fois mais c’est la première fois que ça m’arrive. Je pouvais quand même blaguer encore un peu en disant: « elle ne chôme pas, elle, la journée de la femme ». Mais j’étais surtout très en colère. Le sac était un cadeau de mon oncle. Pourtant, ce soir en écrivant ce billet, je suis plutôt triste pour cette femme. Je suppose qu’elle a du mal à joindre les deux bouts et que peut-être, pour elle, piller les gens est la seule solution.

Pas plus tard qu’hier, les agents de la commune urbaine d’Antananarivo sont venus ramasser de force les marchandises étalées sur les trottoirs de Behoririka, vendre dans la rue étant illégale. Mon mari, en passant, a vu une femme se débattre ne voulant pas lâcher ses marchandises. Il paraît qu’elle s’est même blessée dans la lutte. Quelques personnes tentaient de la calmer. Mais elle disait: « Ces pauvres petites marchandises que vous voulez que j’abandonne représentent le diner de mes enfants ce soir ». Je sais  que cette dame est en infraction de la loi, mais n’est-ce pas triste de savoir que ses gosses n’allaient peut-être pas manger?

Si l’on croit les études de l’UNESCO dont on a parlé ultérieurement, il est fort probable que la pickpocket et la vendeuse ambulante n’aient pas fait de longues études. Combien d’autres femmes vivent dans la même galère tous les jours? Et là, je me dis si seulement elles étaient à l’école! Si seulement ces foutus politiciens, au lieu de se battre pour le pouvoir, se battaient pour une bonne éducation de son peuple!

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Mes commentaires sur le retour « raté » de Ravalomanana #M21112

Des excitations se sont fait sentir sur les réseaux sociaux depuis mercredi (18/01/2012) pour ceux qui ont attendu le retour au pays de Dada (Papa) – l’appellation donnée au Président déchu Ravalomanana par ses partisans – après 3 ans d’exil politique en Afrique du Sud et des excitations aussi du côté des blogueurs qui veulent relater l’événement. Ces derniers, initiés par @Jentilisa, ont prévu à l’avance le hashtag qui au final est le #M21112 sur Twitter puisque le #21112, la proposition initiale, ne fonctionnait pas. Les doutes aussi sur son retour se sont posés. J’avoue que, moi personnellement, j’étais pessimiste vu que la dernière fois (le 19/02/2011), Marc Ravalomanana a été interdit d’embarquer pour destination de Madagascar. La peur des risques de son arrestation, d’affrontement, d’émeutes… ont aussi été exprimé.

Un petit  résumé pour ceux qui n’ont pas suivi l’événement. Depuis mercredi , Marc Ravalomanana a annoncé par téléphone son retour pour le samedi 21 janvier (2012) à ses partisans qui continuent à se réunir au Magro Behoririka (faute d’autres endroits). Déjà, le Général Richard Ravalomanana (un homonyme), commandant de la CIRGN (Circonscription régionale de la gendarmerie nationale) a annoncé publiquement que Marc Ravalomanana sera arrêté dès son arrivée à l’aéroport d’Ivato.

Src Photo: TopMada via FB

Depuis très tôt hier matin (21/01/2012), la foule s’est ruée vers Ivato pour accueillir Marc Ravalomanana. Les blogueurs sur place tweetent la forte présence des militaires.  @SebHervieu, un journaliste indépendant, partage une photo de Ravalomanana ayant sa carte d’embarquement. Quelque temps plus tard ce journaliste tweete que le couple Ravalomanana est installé à bord et que le décollage est pour très bientôt. Entre temps, les rumeurs commencent à Antananarivo entre l’annulation du mandat d’arrêt contre Ravalomanana annoncé par RadioPlus et le démenti de ce dire par la Radio Viva. En ville, les grands magasins (genre Suprême Center, Citic Behoririka) vident leurs vitrines et ferment leurs portes de peur que les émeutes du lundi noir (26/01/2009) ne reviennent et pour amoindrir les pertes.  Les pro-Ravalomanana qui continuent à s’agrandir s’impatientent. Malheureusement pour eux, l’avion  n’atterrira pas à Ivato mais sera forcé de faire demi-tour suite à un NOTAM qui ferme tous les aéroports à Madagascar, ordre de la PHAT (Présidence de la Haute Autorité de la Transition) dirigé par Andry Rajoelina.

Place à mes commentaires maintenant. Premièrement, qu’est-ce que la PHAT veut réellement? Arrêter Marc Ravalomanana puisqu’il est soit-disant jugé coupable et condamné à des travaux forcés à perpétuité par la justice malgache concernant la tuerie de plus d’une trentaine de personne le 07/02/2009 lorsque les partisans de Andry Rajoelina ont voulu assaillir le Palais Présidentiel d’Ambohitsorohitra et que les gardes du palais ont du ouvrir le feu? Ou bien empêché à tout prix le retour de Marc Ravalomanana? Parce que moi franchement, si je guette un voleur depuis un certains bout de temps et que ce dernier frappe à ma porte, je lui tendrai un piège et le laisserai entrer pour y tomber. Où est-ce pour prouver que le pouvoir est maintenant entre les mains de la PHAT et que plus personne n’y peut rien?

Le NOTAM a aussi fait beaucoup de tabac. Pourquoi l’avoir ordonné? Est-ce par peur? Mais surtout pourquoi avoir démenti son existence alors que les internautes ont vu le NOTAM en question publié sur le site d’ASECNA? Le Premier Ministre Omer Beriziky a affirmé sur TV Plus qu’il n’a rien à avoir dans le NOTAM. La présidence continue à nier l’existence d’un tel NOTAM. Notons que le NOTAM a été levé dès l’annonce de l’arrivée de l’avion ayant à son bord Marc Ravalomanana est de arrivé à Johannesburg. Voici une capture d’écran du NOTAM.

Je me demande aussi si toute cette histoire n’est qu’un jeu de plus de la part des politiciens pour duper les pauvres citoyens et les prendre pour des imbéciles. Jusqu’à quand tout cela va-t-il continuer? Jusqu’à quand va-t-on laisser ces politiciens nous mener en bateau et nous utiliser? Jusqu’à quand arrêterons-nous de nous laisser faire?

Je trouve également pitoyable que les forces de l’ordre puissent se mobiliser autant pour arrêter Marc Ravalomanana pour protéger les intérêts politiques de Andry Rajoelina. Mais ça n’étonne même plus que lorsqu’il y a des actes de banditismes, de meurtres dont les pauvres citoyens sont victimes, ils ne sont pas là.

Je soutiens le remarque de @m0utarde disant qu’

On n’en serait pas là si la PHAT organisait des élections avec cette même hâte de fermer tous les aérodromes du pays. Voilà. 11 hours ago via web · powered by @socialditto

Allez, les bonnes choses pour terminer: il n’y a pas eu d’embouteillage dans les centres-villes pour un samedi, c’était cool. On avait plus de twitterers pour partager en temps réel cet événement que les années précédentes. Je pense que le souhait de @thierry_ratsiz s’est exhaussé.

J’espère surtt que #M21112 va rameuter encore + de Malgaches sr twitter. Comme il y a 3 ans. On va se sentir moins seuls 13 hours ago via HootSuite · powered by @socialditto

Puis, d’un côté, j’ai trouvé le NOTAM lâche de la part du PHAT, mais d’un autre côté, pour être franche, je préfère mieux que Ravalomanana ne rentre maintenant. J’appréhende une crise encore plus lourde sinon. Ah, côté bonne chose, il y a aussi les petites blagues qui ont un peu pimenté l’évènement. Du genre:

Ra8 aurait recu un sms de tgv:  »desole NOT AMi » #m21112 11 hours ago via txt · powered by @socialditto

Sur Facebook, certains sont déçus du non retour de Marc Ravalomanana, d’autres contents ou restent indifférents. Des débats sont lancés.  On lit beaucoup de « grandes gueules » soutenant l’un ou l’autre parti. Et comme beaucoup le disent  « C’était un film prévisible. Et ça continue. On attend la suite. » Déjà, les dernières nouvelles disent:

Les autorités malgaches souhaitent envoyer un avion spécial pour ramener Ra8 à #Madagascar. #M21112 (src :http://t.co/K5dZ7NZ4). 1 hour ago via web · powered by @socialditto

NB: Ra8= diminutif de Ravalomanana; Valo=8 en malgache

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Révolution Malgache sur Facebook

17 Janvier 2009, Andry Rajoelina, en ce temps là maire d’Antananarivo, a rebaptisé le jardin d’Ambohijatovo en Place de la Démocratie.  Des hommes politiques et de nombreux citoyens ont répondu à l’appel de Andry Rajoelina et de la Commune Urbaine d’Antananarivo pour l’occasion. Dans un billet dédié à cette inauguration, Avylavitra, un ami blogueur a écrit:

La foule a répondu ‘présente’. Et comment! il fallait vraiment une Place comme celle-ci pour pouvoir crier les injustices vécues au quotidien par le peuple, et pour se faire entendre.

Mais, cette Place de la démocratie ne sera pas longtemps utilisée comme telle. Il est désormais interdit d’y faire des manifestations politiques sauf autorisation des autorités compétentes; mais une autorisation que l’opposition n’a jamais eu jusqu’ici. Pas plus tard que mardi (17 janvier 2012), la mouvance Zafy et ses partisans ont planifié de déposer des gerbes de fleurs pour commémorer le 3ème anniversaire de la Place de la Démocratie d’Ambohijatovo mais ont été aussitôt dispersés par des gaz lacrymogènes.

D’ailleurs devant ce fait, l’Ambassade américaine à Madagascar a publié sur leur page Facebook:

Ce problème de non respect de la liberté d’expression n’est pas nouveau. Ce que je cite plus haut n’est qu’un très bel exemple pour illustrer la situation. On promet un changement et une fois au pouvoir, on refait les mêmes erreurs que ses prédécesseurs. Pas de Place de la démocratie? Les gens cherchent d’autres moyens pour pouvoir s’exprimer et les blogs et les réseaux sociaux aident.

AOK’IZAY! (STOP!) est la révolution Facebook qui s’est beaucoup propagée cette semaine. C’est ce que j’ai remarqué en tout cas. Nombreux sont mes amis qui ont mis AOK’IZAY comme statut et/ou photo de profil. Mais qu’est-ce qu’il faut exactement CESSER? C’est en essayant de comprendre le but de cette révolution que j’ai trouvé l’évènement AOK’IZAY!! AOK’IZAY!! AOK’IZAY!! qui invite les citoyens malgaches à dénoncer la situation politique à Madagascar sans prendre parti.

Aok’izay ny fampihorohoroana! Aok’izay ny fanenjehana! Aok’izay ny fisamborana! Aok’izay ny fanagadrana! Aok’izay ny fanampenam-bava! AOK’IZAY!!

La révolution AOK’IZAY vise à revendiquer la cessation des terreurs, des poursuites, des emprisonnements, et à revendiquer la liberté d’expression.

Est-ce que ces gens vont se faire entendre? C’est la question que je me pose.

Ce n’est pas la première fois qu’on crie sur Facebook toutes sortes d’insatisfaction mais qui restent sans réponse. Pour ne citer que quelques exemples, il y a les pages/groupes: Les insatisfaits de MOOV-ORANGE-BLUELINE et CIE (PROVIDERS INTERNET) où on a beau crié mais rien n’a changé jusque là, JIRAMA TROP NUL – je passe les commentaires, Utilisateurs AIRTEL Madagascar (ex-Zain Madagascar) où les administrateurs ont même fini par disparaitre. Tiens en passant, j’ai fait une réclamation sur la page d’Orange Madagascar mais aucune réaction de leur part. Le plus drôle, c’est que, depuis quelques temps, ils ont même bloqué leur mur donc personne ne peut plus y écrire sans doute pour éviter de recevoir des réclamations. Mais j’ai eu le temps de faire des captures d’écran./p>

J’ai posté une réclamation le 10 novembre 2011 qui est restée sans réponse depuis. Quelques semaines plus tard, un client demande assistance pour l’utilisation d’un de leur service et Orange Madagascar répond.

Je semble pessimiste mais ce n’est pourtant pas le cas. C’est au contraire pour inciter tous les « insatisfaits », « mécontents » et « porteurs de bonnes idées de changement » à ne pas abandonner mais à crier encore plus fort.

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Un commentaire

Sahaza Marline, un malgache qui a 100 pages Facebook

J’ai fait la rencontre de Sahaza Marline, RAMAROSANDY Zosahaza Marline de son vrai nom, un jeune gars de 26 ans, le jour du TEDxAntananarivo du 14 mai 2011. Il était assis juste à côté de moi mais il n’a pas beaucoup parlé. Je l’ai ensuite rencontré un peu plus souvent lorsque des blogueurs et des travailleurs du Web se sont décidés de s’associer pour créer Malagasy iHub, un espace de Coworking à Madagascar. Mais au début, il était toujours moins bavard. Je l’ai alors trouvé un peu mystérieux. C’est lors d’un enregistrement d’émission de l’Atelier des Médias « Barcamp au Malagasy iHub » que j’ai compris pourquoi il avait cette attitude: c’est un geek qui venait à peine « d’apprendre à associer les gens réels de ceux du Web ». Au fond, c’est un gars vraiment formidable et talentueux que j’ai le plaisir de vous présenter par ce billet. Voici quelques échanges de mails qu’on a eu Sahaza et moi où il a répondu à mes quelques questions:

 

Quelles études as-tu suivies?

Après avoir réussi mon baccalauréat série C avec mention assez bien, j’ai choisi le BTP (Bâtiment et Travaux publiques) et je me suis inscrit à l’Ecole Supérieure Polytechnique d’Antananarivo (ESPA, Vontovorona) – je suis sorti de là bas avec une mention excellente ^^

Pour ce qui est de l’informatique je n’ai jamais suivi de formation. A 15 ans, j’étais capable de réparer un ordinateur. Je suis passé par la sonorisation, le DJing, le multimédia mais là c’est le web qui a su me retenir, c’est ma passion…

Quel est ton métier?

Le BTP, je me suis spécialisé dans les structures en Béton armé (calcul & dessin sur Autocad) … et bien évidement le web.

Tu as dit lors du Barcamp avoir créé au moins 100 pages Facebook. Tu peux nous citer quelques exemples? Quels sont tes objectifs en créant ces pages? Est-ce que tu gères toutes ces pages?

J’ai rejoint Facebook en 2007, mais bien avant je concevais déjà des sites web, des applications que j’ai essayé de mettre en ligne mais j’arrivais pas à mettre des visiteurs dessus, j’étais trop technique, pas assez connu, pas assez influent. Dès que j’ai découvert Facebook, j’ai eu l’idée de fédérer des gens et de les mettre ensuite sur mes créations. J’ai commencé à créer des groupes, des pages et des applications Facebook. En 2008, j’ai créé l’application Gasy Ka Manja (Concours Miss Facebook Madagascar) qui a été utilisée par près de 12 000 personnes. En 2010, j’ai fait une petite fortune avec mon application « J’aime ça » pour les sites web que j’ai créé 2 jours après le lancement du bouton « J’aime » de Facebook – c’est le tout premier site qui permettait aux gens de publier des citations, des proverbes, des blagues courts – de cliquer sur « J’aime » et de les voir ensuite apparaitre sur le mur Facebook.Mais le plus cool c’est que derrière j’ai conçu un script qui crée une page facebook au même nom dont je suis l’admin et chaque personne qui clique sur « J’aime » devenait fan. L’application marchait très bien dans les pays francophones pendant environ 2 mois mais a ensuite été copiée, je crois qu’elle est encore accessible à l’adresse http://like.tontolo.net/

Pour les pages et les groupes j’en ai créé des tonnes, j’en administre des tonnes … et j’avoue que je n’arrive plus à les gérer. J’ajoute d’autres personnes pour les administrer. Il y a juste un truc à savoir, Facebook bloque les administrateurs des pages qui sont dans des catégories spécifiques au 15 000è membre – je ne sais pas trop s’il en est toujours ainsi actuellement.

Si maintenant on parle de Madagascar, j’ai créé une cinquantaine de pages de tous types. J’en ai perdu pas mal mais je peux citer Ny Baiboly, Le Rova Manjakamiadana, Internet Haut Débile, Groupes Gasy sur Facebook… J’administre aussi des pages de marques et d’artistes comme celles de DUW1203, Klung, Hanta.

A ton avis, c’est quoi un geek? Comment se comporte-t-il? Qu’est-ce qu’il fait? Comment ton entourage te perçoit-il?

Pour moi un geek est une personne sans vie. Généralement, c’est une personne qui ne parle pas beaucoup mais qui trouve beaucoup à dire dès qu’on parle de nouvelles technologies. Un geek est souvent amoureux aussi, mais la plupart du temps ça marche pas… un vrai geek préfère son ordinateur. lol.

Mais moi je ne me qualifie pas comme un geek même si je peux passer des jours en compagnie de mon ordinateur, je mange avec lui, je vais aux toilettes avec lui, je m’endors avec lui et je me réveille près de lui. J’essaie quand même d’avoir une vie sociale, de fréquenter des gens, de sortir de temps en temps etc… et j’avoue que je suis assez chanceux en amour

C’est quoi se « dé-geeker » pour toi?

Un jour j’ai publié ce statut sur Facebook: J’ai 4000 amis mais à midi je mange toujours seul. Je peux dire qu’avant, dans mon monde il n’y avait que moi, ma copine et mon ordinateur [là je viens de corriger, j'avais mis "mon ordinateur" avant "ma copine" lol]. J’ai réalisé que la vraie vie reste la vraie vie, que les vrais amis ont plus de valeur… Se dé-geeker pour moi c’est essayer d’être comme les autres, essayer d’avoir une vie, c’est regarder le ciel, la lune, les étoiles, c’est ré-apprécier la vraie vie. Moi je l’ai fait, et je peux vous dire que je peux survivre 3 mois dans un lieu sans réseau téléphonique, internet, électricité. Se dé-geeker c’est aussi s’arrêter pour mieux repartir.

Tu peux nous parler de tontoloko.com?

C’est un projet vieux de 5 ans. Au début, je voulais créer un comparateur de prix de tout ce qui peut se vendre ou se louer. Mais quand j’ai connu Facebook, j’ai voulu l’associer avec un réseau social. Tontoloko est un ensemble de modules associé à un réseau social, c’est une application web Facebook mais il utilise aussi des ressources (API) de Google, Yahoo, Twitter, Youtube, Amazon et Bit.ly. Je l’ai mis en ligne la date de mon anniversaire, le 03 janvier 2011, et depuis je n’ai pas arrêté de l’améliorer, maintenant je suis en train de concevoir un portail web indépendant qui va redéfinir Tontoloko comme étant un Portail et un Réseau social dédié à Madagascar.

Tu peux aussi nous parler du #fmg? de la zombie walk?

La Zombie Walk est une forme de flashmob, donc je vais juste parler de #FMG ou Flash Mob Gasy – l’idée c’était de redonner sa vraie définition au flashmob. A Madagascar on aime bien importer les tendances mais la plupart du temps on les transforme. Pour la vraie définition du Flash Mob vous pouvez consulter Wikipedia (ici), mais je retiens juste ceci: « organisé à partir de l’internet », pas autrement. Donc avec un gars qui se nomme Alain Sneil, j’ai importé le vrai Flash Mob à Madagascar. On travaille avec des communautés de danseurs comme la Motion Nation, des compagnies de danse comme M2Z, des réseaux de jeunes comme Textow et plein d’autres entités. Le mouvement est à but non lucratif; nous cherchons juste à donner du plaisir intense aux gens, créer des liens et surtout: sortir un peu du monde virtuel. #FMG a désormais intégré les activités de l’association JAD (Jeunes Actifs de Dago) dont je suis le vice-président.

Qu’est-ce que le Malagasy iHub? Quel est ton rôle la-dedans?

Le Malagasy iHub a été initié par les blogueurs qui ont couvert le TEDx Antananarivo 2011, c’est un espace de coworking destiné aux acteurs indépendants du numérique malagasy. L’association qui gère cet espace porte le même nom et son but est d’organiser des activités dans le but de faire la promotion du numérique à Madagascar. Je suis un des fondateurs et responsable logistique du Malagasy i-Hub, je donne aussi des formations en développement web.

En tant qu’espace de coworking, le Malagasy i-Hub va jouer un rôle d’incubateur de compétences. Désormais je travaillerais presque tout le temps là bas, je pourrais recevoir mes clients et faire avancer mes projets perso; mais surtout rencontrer d’autres personnes « comme moi ».

 

Photo lors du TEDxAntananarivo, Sahaza Marline à gauche

Comment gères-tu ton emploi du temps?
Quand je passe toute la journée chez moi mon emploi du temps ressemble un peu à ceci:
En début de matinée je recharge mes flux RSS, je lis un peu les actus. Je lies mes mails… Puis, je revois un peu tout ce que j’ai créé (sur Facebook, les sites web, comment sont-ils référencés, etc…). Je télécharge un peu…
L’après midi, jusqu’à très tard dans la nuit, je travaille en surveillent en même temps les actus, mon Facebook, mes mails, etc…

Tes passe-temps?
Eh bien je passe la plupart de mon temps sur le web – je travaille, je m’informe et je me forme :) )
Par contre je ne fais jamais des jeux en ligne, avant, je dirais, mes 18ans, j’étais vraiment accro aux jeux vidéos mais plus maintenant.

Ta couleur favorite?
Euh il n’y en a pas, ou peut être bien le bleu pour mon ciel et le rose pour ma vie

Ton genre musical?
75% de musique black, 15% de soft et 10% de nouveautés. j’aime aussi les sons à la David Guetta et le Dance Hall
écouter de la musique en travaillant ça m’aide à me concentrer.

Ton plat préféré?
La bonne bouffe, je mange tous les plats mais je n’aime pas trop les crabes…

Les films que tu regardes?
« If only » de Gil Junger :’) … j’essaie aussi de suivre tous les films à grand budgets. Mais pour moi les films c’est tout au plus une fois par mois, et j’aime pas la télé

Un petit message pour les jeunes?

Mon message pour les jeunes? Ben j’en ai pas trop sinon qu’il ne faut pas oublier la réalité, il faut redescendre sur terre de temps en temps. Et puis commencez par faire des choses remarquables avant de vouloir vous faire remarquer.

 

Vous l’avez sûrement deviné, Sahaza Marline est un gars super connecté; si ce n’est pas sur ordinateur, c’est sur son téléphone portable. Vous pouvez le retrouver sur sa propre page Facebook Sahaza Marline et sur Twitter @Sahaza

 

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